Samedi 13 Juillet 2019 à 12:31
#7051
La vie de Boris, chapitre 49 : Boris promu
CHEF : Avant toute chose Boris, je dois vous féliciter pour le travail que vous avez accompli chez nous depuis deux mois et vous dire que votre rapport de stage sera validé sans aucun souci. On est content de vous avoir.
Elle doit le sentir. Mon langage corporel hostile, ma tenue les mains dans le dos en train de me tordre les doigts.
La dernière fois que j'ai été convoqué par une chef et son adjoint, c'était pour m'expliquer pendant 1h45 que j'étais le dernier des fils de pute, alors comment dire… Mon corps se souvient. La Nonne, ma chef préférée, disait que j'étais " marqué ". Et je n'ai jamais entendu de conneries sortir de la bouche de la Nonne.
CHEF : Par contre, il faut qu'on parle de votre rapport à vous, sur la gestion des collègues du Pole de Spécificité. Vous vous montrez….. très critique, avec en point d'orgue l'histoire de la perte des 350 000 euros sur la société Dos Santos…
ADJOINT : Mais bon là il faut reconnaitre qu'ils ont fait n'importe quoi !
CHEF : Comment vous vous sentez par rapport à ça Boris ?
Je n'ose pas dire que j'ai encore deux rapports à finaliser sur la manière dont le Pole de Spéficité a perdu 40 000 euros dans le cadre d'un marché public de l'hôpital.
Reste calme. T'es payé pour chercher, pas pour sanctionner. Tu rends des rapports. Consultatifs.
BORIS : Une fois mon rapport dans votre bureau, je ne m'en occupe plus. Je suis déjà sur le prochain.
ADJOINT : Vous ne vous préoccupez pas de ce que devient votre travail ?
BORIS : Non. Ce n'est pas de mon ressort.
CHEF : Il est possible que ce que vous avez…. mis en évidence sur le Pole de spécificité soit réglé de manière conventionnelle. On en discute.
ADJOINT : Le directeur départemental n'aime pas trop la publicité. En tout cas pas celle-là.
On paye le Pole a chercher des trucs qu'ils ne trouvent pas. On me paye pour faire des rapports sur l'inefficacité du Pôle. On paye mes chefs pour enterrer mes rapports. Dans le bureau à coté du mien, un mec est payé pour répondre à des contentieux dans lesquels il n'y a pas de contentieux. Riez pas, c'est avec votre fric.
CHEF : Boris…. Admettez-vous que le Pole a pu légitimement ne pas voir que le gérant détenait un patrimoine immobilier ?
BORIS : 700 000 euros de foncier d'après des estimations de 2005 à revoir probablement à la hausse, 5 taxes foncières, trois prêts bancaires faits pour acheter des immeubles. Ce n'était pas évident.
ADJOINT : Non là quand même….
BORIS : J'ai mis une photo du google map dans le rapport. Jolie maison.
CHEF : Certes mais…. il semble y avoir eu une incertitude dans le nom du gérant.
BORIS : Oui. C'est un portugais.
CHEF : Donc vous comprenez que leur erreur est légitime ?
BORIS : Un portugais avec deux noms type " Pereira Dos Santos " c'est pas un cas inédit si vous voyez ce que je veux dire….
ADJOINT : Et les deux noms n'étaient pas mentionnés dans le contrôle fiscal ?
BORIS : Si. Le numéro fiscal aussi. Le type qui a fait le contrôle fiscal est irréprochable….
ADJOINT : Vous me dites que….
BORIS : Les types en charge du recouvrement après contrôle fiscal n'ont pas lu le contrôle fiscal. Page 43 de mon rapport, surligné en jaune. Nom, date et lieu de naissance, numéro fiscal.
ADJOINT : Non mais là c'est n'importe quoi….
CHEF : Stop.
C'est un vrai " stop " autoritaire. Je me tais, il se tait aussi. Pas un mauvais mec cet adjoint, sans doute trop honnête pour pouvoir progresser encore, mais si il était seul, mon rapport serait passé.
CHEF : Que disait la comptabilité Boris ?
BORIS : Je dirais que l'absence de créativité lorsqu'il s'agit de trouver un nom portugais est compensée par un avant-gardisme comptable des plus intéressants.
CHEF : En gros ?
BORIS : Je ne suis pas sur qu'ils connaissent la différence entre la comptabilité et la magie.
CHEF : Ecoutez, Boris. Votre rapport sera utilisé. On va leur coller la pression avec pour qu'ils arrêtent de se prendre pour les rois du pétrole alors qu'un stagiaire de chez nous - vous ne serez titularisé que le mois prochain - a débusqué de quoi les inquiéter sérieusement. Vous comprenez ?
BORIS : Oui.
On me demande si je comprends, pas si j'approuve.
CHEF : Alors continuez à faire votre travail et n'oubliez pas : tout ce que vous trouvez doit remonter ici. Je suis bien claire ?
BORIS : Totalement.
La Chef m'a recruté à la surprise générale malgré un rang de concours immonde. J'ai soupçonné tout de suite mon CV d'y être pour quelque chose et j'en ai eu confirmation récemment, lorsqu'elle m'a dit que j'étais un " choix au profil ". Ce qui veut également dire que je peux facilement dégager si il me vient la folie des grandeurs.
Pour voir le bon côté des choses, je préfère toujours accomplir un travail inutile plutôt qu'un travail immoral ou illégal. J'aimerais toutefois bien savoir ce que ma Chef sait sur moi, ce qui a justifié mon recrutement. " Boris est un pitbull sans ambition, qui a suffisamment contourné les règles pour être un des meilleurs quand il s'agit de traquer les détournements des autres ". J'imagine, ou un truc de ce genre.
ADJOINT : Merci Boris, je pense que ce sera tout pour nous.
BORIS : Merci.
CHEF : Une dernière chose Boris…. vous allez vous mettre beaucoup de gens importants à dos. Il faut arriver à encaisser ça.
BORIS : J'arriverai à vire avec.
Je retourne dans mon bureau ou mes Drôles de dames m'attendent. On parlera une autre fois de mon trio de choc de quadragénaires hystériques qui m'aident à débusquer les merdes dans notre administration.
TRANQUILLE : Alors ?
BORIS : Enterré, comme prévu.
NAGEUSE : Dommage.
BORIS : Bon. Qui a quelque chose ?
RAGEUSE : J'ai 60 000 euros perdus parce que le Pole de Spécificité s'est gouré de nom pour faire la mise en demeure. Prescrits, irrecouvrables. Encore du beau travail.
BORIS : Qui fait le rapport ?
RAGEUSE : C'est toi le chef non ?
BORIS : Il parait.
RAGEUSE : Donc tu te coltines le rapport. Je t'ai mis les pièces sur ton bureau.
BORIS : Au fait, Nageuse, pourquoi le tien sur les irrégularisés de la Paierie a été refusé ? Tes éléments étaient très nets.
NAGEUSE : J'avais fait trois fautes d'orthographe. Donc refus.
BORIS : Je comprends. Faut bien mettre un peu de rigueur dans cette administration.
Boris.
CHEF : Avant toute chose Boris, je dois vous féliciter pour le travail que vous avez accompli chez nous depuis deux mois et vous dire que votre rapport de stage sera validé sans aucun souci. On est content de vous avoir.
Elle doit le sentir. Mon langage corporel hostile, ma tenue les mains dans le dos en train de me tordre les doigts.
La dernière fois que j'ai été convoqué par une chef et son adjoint, c'était pour m'expliquer pendant 1h45 que j'étais le dernier des fils de pute, alors comment dire… Mon corps se souvient. La Nonne, ma chef préférée, disait que j'étais " marqué ". Et je n'ai jamais entendu de conneries sortir de la bouche de la Nonne.
CHEF : Par contre, il faut qu'on parle de votre rapport à vous, sur la gestion des collègues du Pole de Spécificité. Vous vous montrez….. très critique, avec en point d'orgue l'histoire de la perte des 350 000 euros sur la société Dos Santos…
ADJOINT : Mais bon là il faut reconnaitre qu'ils ont fait n'importe quoi !
CHEF : Comment vous vous sentez par rapport à ça Boris ?
Je n'ose pas dire que j'ai encore deux rapports à finaliser sur la manière dont le Pole de Spéficité a perdu 40 000 euros dans le cadre d'un marché public de l'hôpital.
Reste calme. T'es payé pour chercher, pas pour sanctionner. Tu rends des rapports. Consultatifs.
BORIS : Une fois mon rapport dans votre bureau, je ne m'en occupe plus. Je suis déjà sur le prochain.
ADJOINT : Vous ne vous préoccupez pas de ce que devient votre travail ?
BORIS : Non. Ce n'est pas de mon ressort.
CHEF : Il est possible que ce que vous avez…. mis en évidence sur le Pole de spécificité soit réglé de manière conventionnelle. On en discute.
ADJOINT : Le directeur départemental n'aime pas trop la publicité. En tout cas pas celle-là.
On paye le Pole a chercher des trucs qu'ils ne trouvent pas. On me paye pour faire des rapports sur l'inefficacité du Pôle. On paye mes chefs pour enterrer mes rapports. Dans le bureau à coté du mien, un mec est payé pour répondre à des contentieux dans lesquels il n'y a pas de contentieux. Riez pas, c'est avec votre fric.
CHEF : Boris…. Admettez-vous que le Pole a pu légitimement ne pas voir que le gérant détenait un patrimoine immobilier ?
BORIS : 700 000 euros de foncier d'après des estimations de 2005 à revoir probablement à la hausse, 5 taxes foncières, trois prêts bancaires faits pour acheter des immeubles. Ce n'était pas évident.
ADJOINT : Non là quand même….
BORIS : J'ai mis une photo du google map dans le rapport. Jolie maison.
CHEF : Certes mais…. il semble y avoir eu une incertitude dans le nom du gérant.
BORIS : Oui. C'est un portugais.
CHEF : Donc vous comprenez que leur erreur est légitime ?
BORIS : Un portugais avec deux noms type " Pereira Dos Santos " c'est pas un cas inédit si vous voyez ce que je veux dire….
ADJOINT : Et les deux noms n'étaient pas mentionnés dans le contrôle fiscal ?
BORIS : Si. Le numéro fiscal aussi. Le type qui a fait le contrôle fiscal est irréprochable….
ADJOINT : Vous me dites que….
BORIS : Les types en charge du recouvrement après contrôle fiscal n'ont pas lu le contrôle fiscal. Page 43 de mon rapport, surligné en jaune. Nom, date et lieu de naissance, numéro fiscal.
ADJOINT : Non mais là c'est n'importe quoi….
CHEF : Stop.
C'est un vrai " stop " autoritaire. Je me tais, il se tait aussi. Pas un mauvais mec cet adjoint, sans doute trop honnête pour pouvoir progresser encore, mais si il était seul, mon rapport serait passé.
CHEF : Que disait la comptabilité Boris ?
BORIS : Je dirais que l'absence de créativité lorsqu'il s'agit de trouver un nom portugais est compensée par un avant-gardisme comptable des plus intéressants.
CHEF : En gros ?
BORIS : Je ne suis pas sur qu'ils connaissent la différence entre la comptabilité et la magie.
CHEF : Ecoutez, Boris. Votre rapport sera utilisé. On va leur coller la pression avec pour qu'ils arrêtent de se prendre pour les rois du pétrole alors qu'un stagiaire de chez nous - vous ne serez titularisé que le mois prochain - a débusqué de quoi les inquiéter sérieusement. Vous comprenez ?
BORIS : Oui.
On me demande si je comprends, pas si j'approuve.
CHEF : Alors continuez à faire votre travail et n'oubliez pas : tout ce que vous trouvez doit remonter ici. Je suis bien claire ?
BORIS : Totalement.
La Chef m'a recruté à la surprise générale malgré un rang de concours immonde. J'ai soupçonné tout de suite mon CV d'y être pour quelque chose et j'en ai eu confirmation récemment, lorsqu'elle m'a dit que j'étais un " choix au profil ". Ce qui veut également dire que je peux facilement dégager si il me vient la folie des grandeurs.
Pour voir le bon côté des choses, je préfère toujours accomplir un travail inutile plutôt qu'un travail immoral ou illégal. J'aimerais toutefois bien savoir ce que ma Chef sait sur moi, ce qui a justifié mon recrutement. " Boris est un pitbull sans ambition, qui a suffisamment contourné les règles pour être un des meilleurs quand il s'agit de traquer les détournements des autres ". J'imagine, ou un truc de ce genre.
ADJOINT : Merci Boris, je pense que ce sera tout pour nous.
BORIS : Merci.
CHEF : Une dernière chose Boris…. vous allez vous mettre beaucoup de gens importants à dos. Il faut arriver à encaisser ça.
BORIS : J'arriverai à vire avec.
Je retourne dans mon bureau ou mes Drôles de dames m'attendent. On parlera une autre fois de mon trio de choc de quadragénaires hystériques qui m'aident à débusquer les merdes dans notre administration.
TRANQUILLE : Alors ?
BORIS : Enterré, comme prévu.
NAGEUSE : Dommage.
BORIS : Bon. Qui a quelque chose ?
RAGEUSE : J'ai 60 000 euros perdus parce que le Pole de Spécificité s'est gouré de nom pour faire la mise en demeure. Prescrits, irrecouvrables. Encore du beau travail.
BORIS : Qui fait le rapport ?
RAGEUSE : C'est toi le chef non ?
BORIS : Il parait.
RAGEUSE : Donc tu te coltines le rapport. Je t'ai mis les pièces sur ton bureau.
BORIS : Au fait, Nageuse, pourquoi le tien sur les irrégularisés de la Paierie a été refusé ? Tes éléments étaient très nets.
NAGEUSE : J'avais fait trois fautes d'orthographe. Donc refus.
BORIS : Je comprends. Faut bien mettre un peu de rigueur dans cette administration.
Boris.
ans 
