Article Magic : Imaginaire logocentrique et quête de performativité

Posté le 21/10/2015 par chercheur · 12 254 lectures

Une fois n'est pas coutume, je propose ici un article qui développe une réflexion d'ordre sociologique et philosophique sur le langage et la Vie à partir de Magic. Un grand merci aux modérateurs qui m'offrent de partager ici mes recherches !
La création littéraire investit désormais des lieux nouveaux, liés à l’avènement du virtuel – à travers l’expression cinématographique, mais également dans les jeux vidéo-ludiques et rôlistes. On voit ainsi s’opérer le glissement d’une génération de « lecteurs » à une génération d’« acteurs », c’est-à-dire des sujets qui désirent éprouver la sensation de construire eux-mêmes le récit – même si cela demeure cadré – à partir du canevas des jeux.
Dans cette optique, on peut considérer que Magic : l’assemblée constitue, dans une certaine mesure, une extension singulière du phénomène littéraire. Il représente un objet dont l’importance culturelle se traduit par une communauté d’adhérents de plus en plus conséquente. Touchant tant des amateurs qui valorisent le contact social ludique que des professionnels qui participent à des tournois nationaux et internationaux, ce jeu doit sa singularité au fait de construire une trame narrative cohérente dont les joueurs partagent entre eux les références. Sa spécificité réside, pour une part essentielle, dans ses rapports à la fiction, à la fois comme structure ludique et comme toile de fond – inspiré principalement des univers médiévaux-fantastiques. Cela en fait un lieu de revivification des imaginaires et des références mythologiques.
Dès lors que ce jeu constitue une forme d’expression paralittéraire, on est invité à considérer son apparentement au langage verbal, ainsi que par extension son impact à l’égard d’une approche pragmatique des actes de parole. L’hypothèse que l’on formule ici est que le succès de Magic se fait le symptôme, d’un point de vue sociologique, du rapport de certaines personnes à leur parole et à leur pouvoir d’affecter autrui. De ce point de vue, cette analyse propose de mettre en lumière, grâce à l’apport de la phénoménologie de Michel Henry, ce qui correspond à une quête de performativité. Afin de déployer cette hypothèse – sans en épuiser tous les possibles –, la mise en avant d’un imaginaire logocentrique à partir de l’intrication entre fiction et mécanismes ludiques débouchera sur l’analyse, plus profonde, d’un désir de faire l’épreuve intime d’un pouvoir langagier chez les joueurs ; pouvoir qui s’avère menacé par ce qui constitue une forme de déni de la vulnérabilité intérieure caractéristique de la sensibilité contemporaine.

1)      Mécanismes ludiques et « écriture » fictionnelle
 
Magic reprend de nombreux traits caractéristiques des jeux de rôle ; en premier lieu, le fait d’élaborer un univers fictionnel propre, de plus en plus riche au fil des extensions de cartes, et relayé par la publication de romans ou de comics. Dans cet univers, les joueurs s’inscrivent comme autant de personnages puissants non définis : chaque partie simule un combat d’habileté magique et rejoue une histoire archétypale de quête de pouvoir, généralement sur fond manichéen de Bien luttant contre le Mal. L’importance du cadre diégétique se trouve renforcée par l’identification de chaque partie à la constitution d’un « chronotope »[1] identifiable au champ de bataille qu’analyse Bakhtine ; c’est-à-dire un espace et un temps imaginaires qui assimilent le duel à une campagne militaire. À l’intérieur de cet espace-temps, une constellation de métaphores font du jeu le reflet d’un monde autonome, dans lequel la vie, la mort, les blessures, la guérison, l’écoulement du temps, constituent des notions spécifiques, comme autant d’éléments participant à un « effet de réel »[2].
Par extension, l’ensemble des règles foisonnantes dessine, de façon symbolique, les caractéristiques d’un univers fictionnel qui appartient aux mondes décrits par Françoise Lavocat[3] à la suite des théories de Leibniz. Il apparaît une correspondance étroite entre mécanismes ludiques et détails fictionnels, fondée sur des rapports d’homologies. Chaque règle constitue autant de lois intrinsèques à l’utilisation de la magie dans le jeu. Ainsi, fiction et règles se renforcent mutuellement afin d’intensifier le plaisir propre à ce que Jean-Marie Schaeffer désigne par la « feintise ludique partagée »[4] – ce qui invite, dans ce cas, à dépasser les frontières génériques établies entre narration littéraire et jeu de société.
Au-delà de l’aspect structurel, la création de Richard Garfield élabore un univers imaginaire peuplé de créatures inspirées de différentes sources mythologiques et de personnages dotés d’une biographie propre, au sein d’une trame historique qui se dessine progressivement à chaque extension. Si les premières éditions permettaient l’exploration lâche d’un monde imprécis, sans véritable intrigue, à partir de l’extension « Mirage », sortie en 1996, chaque « bloc » annuel de cartes se trouve orienté par un scénario propre. Cela génère une forme d’adhésion par la mise en place d’un suspense narratif à l’arrière-plan des extensions, qui assimile le jeu à un feuilleton sans fin – de façon, entre autres, à éveiller le désir de collection. Dès lors, ces scénarii constituent autant d’arrière-plans qui orientent le jeu par une tension de type téléologique et ajoutent un surplus de jouissance ; chaque carte représente autant de fragments d’une mosaïque incomplète dont l’ensemble permet d’en reconstituer les étapes-clefs[5].
Chacune correspond à un iconotexte qui combine le descriptif de son effet et son illustration. De la sorte, toutes s’inscrivent à la fois sur un plan ludique d’ordre purement pragmatique, et sur un plan fictionnel. L’ancrage dans une intrigue peut être amplifié par l’inscription d’une citation en italique, au bas de la boîte textuelle de la carte, qui renvoie le plus fréquemment à la trame narrative dans laquelle elle s’insère (un symbole d’édition facilite sa contextualisation dans telle ou telle ligne historique). Ainsi, chaque carte détient non seulement un potentiel stratégique propre, mais représente également un instantané d’une histoire dont la cohérence repose sur l’ellipse.
Dès lors que Magic se conçoit comme un récit déployé sur le support éclaté d’une multitude de cartes, il repose sur une « structure d’horizon »[6] au sens où l’entend Michel Collot. En d’autres termes, les cartes communiquent entre elles par le biais d’un « horizon externe » implicite, qui octroie à chaque partie la possibilité de se réapproprier et de reconfigurer l’histoire dont elles sont à l’origine les illustrations fragmentées. Cet « horizon externe » se trouve relayé par un « horizon interne » sous-jacent à l’illustration et au texte d’ambiance de chacune d’elles, au sens où ces éléments ne donnent qu’un aperçu d’une situation plus vaste.
Cette poétique de l’« horizon » caractérise également l’univers propre à Magic, désigné par les développeurs comme un « multivers ». Si les éditions de base explorent un monde central appelé Dominaria, chaque « bloc » explore un monde satellite différent, défini par une cohérence visuelle et des thématiques propres. Par exemple, le « bloc » Kamigawa met en scène un monde d’inspiration japonisante, avec des mécaniques significativement nommées « bushido » et « ninjutsu » ; celui de Theros se trouve influencé par la culture et les mythes grecs, avec la constitution d’un panthéon de dieux et l’inscription de références quasi-explicites. Chaque monde, autonome l’un par rapport à l’autre, baigne dans l’« Æther », une dimension impalpable, intangible, infinie, qui correspond au concept d’« horizon » tel que défini par Michel Collot.
On comprend que le rapport que l’on peut entretenir au cadre fictionnel de Magic amplifie le caractère hétérotypique de l’activité ludique, en tant que rite inscrit dans un temps et un espace hors du quotidien, lors duquel le joueur est invité à endosser une identité différente. Sa multitude d’iconotextes en perpétuelle expansion invite à prendre part à une intrigue dont chaque joueur est à la fois un protagoniste et un narrateur – au sens où il détient le pouvoir de participer à sa refiguration infinie. À cet égard, l’arrière-plan imaginaire du jeu, s’il n’influence pas la dimension pragmatique des duels, s’avère propice à maintenir l’évasion ludique. D’un côté, l’isomorphisme entre mécanismes ludiques et description d’un monde alternatif – avec le déploiement d’un lexique imagé qui favorise l’investissement de l’imaginaire – confère aux cartes une dimension efficace d’ouverture sur un au-delà. D’un autre côté, l’aspect manichéen des scénarii facilite la projection de valeurs et la participation affective à des intrigues archétypales. Magic propose ainsi autant de fenêtres sur un monde imaginaire qui offre un supplément d’existence et invite à investir les cartes au-delà de la réalité de leur support cartonné.
 
2)      Un imaginaire logocentrique
 
Dès lors que la vitalité de Magic réside dans la constitution d’un univers fictionnel – à la fois comme arrière-plan induisant un effet d’adhésion et comme élaboration d’un récit qui crée du sens « à l’avant »[7] de chaque partie –, on est alors conduit à envisager un apparentement avec le fonctionnement du langage. En particulier, son ancrage dans une réalité régie par la magie réactualise, de façon non nécessairement conscientisée par les joueurs, un imaginaire « logocentrique »[8] selon lequel la parole détient le pouvoir de générer la réalité énoncée – imaginaire qui dérive originairement du « fiat lux » biblique, en ce que dans l’Ancien Testament Dieu dit pour que les choses soient.
En effet, Magic s’inspire librement de références religieuses, sans induire pour autant d’adhésion à quelque dogme ou croyance que ce soit, en convoquant des pratiques rituelles d’origines diverses (magie noire, sorcellerie, rites chamaniques, etc.) qui font droit à une requalification du pouvoir de la parole comme puissance démiurgique. Bien que les cartes de « créatures » aient subi un erratum qui modifie l’imaginaire du jeu depuis l’extension « Destinée d’Urza », auparavant elles consistaient en des « invocations » ; soit des énonciations magiques donnant vie à un personnage ou à un être. Cet imaginaire persiste en ce qui concerne les sorts de « rituel », d’« enchantement » (en particulier le sous-type « malédiction ») et d’« éphémère », dont le caractère moins tangible renvoie à une parole qui génère un effet spécifique. En outre, certaines cartes illustrent de façon concrète cette importance de l’énonciation performative, tel le sortilège intitulé « Silence » qui associe son effet (empêcher un joueur de lancer des sorts) à une forme de mutisme. Ainsi, on peut considérer que les effets pragmatiques des cartes correspondent au fait d’invoquer telle ou telle réalité, de maudire ou de bénir les joueurs ; ce qui correspond à l’expression imagée de la dimension « perlocutoire »[9] du langage.
À cela s’ajoute possiblement un emprunt à la tradition judéo-chrétienne, en ce sens que Magic s’inspire des religions du Livre qui en font un symbole de pouvoir : le paquet de cartes dont dispose chaque joueur est appelé significativement « bibliothèque », et désigne l’arsenal de connaissances dont il dispose pour combattre, rangées dans un ordre aléatoire. Chaque partie correspond de ce point de vue au déploiement toujours différent d’un livre, au sens où les cartes piochées constituent autant de pages révélées au hasard.
Dans cette perspective, la dimension combinatoire de Magic invite à repérer un isomorphisme avec la structure du langage verbal tel que la conçoit la linguistique structurale et générative. En effet, une stratégie se fonde sur l’association synergique de cartes, réunies dans un paquet de soixante cartes maximum, afin d’exploiter l’efficacité de tel ou tel aspect stratégique. Chacune d’elles correspond dans ce contexte à une fonction spécifique qui rejoint la perspective pragmatique associant les mots à autant d’éléments à combiner en vue de produire un acte de langage. Plus encore, les différentes zones du jeu évoquent de façon métaphorique la description structurale et cognitive du langage : la « bibliothèque » renvoie au réservoir linguistique des possibles langagiers dans lequel « pioche » le joueur – sa main représentant la part consciente réduite[10]. Le « champ de bataille » renvoie alors à l’aire sur laquelle se déploie le texte d’une bataille qui se module en fonction du vocabulaire des cartes posées ou jouées (c’est-à-dire imaginairement énoncées).
Cette interprétation est renforcée par l’observation des fonctions attribuées aux différents types de cartes du jeu. Celles-ci se scindent en deux groupes distincts : les « sorts », qui constituent les multiples armes magiques que les joueurs peuvent utiliser et qui se subdivisent en plusieurs catégories (« créatures », « enchantements », « artefacts », « rituels » et « éphémères ») ; et les terrains, qui ont pour but de générer l’énergie – ou « mana » – nécessaire au lancement des sorts. Or, les différentes catégories de sorts peuvent être associées, dans cette approche comparative et différentielle avec le langage, à certaines fonctions linguistiques. La majorité des sorts invoquent des « créatures », c’est-à-dire des êtres – personnages ou animaux mythologiques – auxquels le joueur fait appel pour constituer une armée. Ce rapport à l’invocation, bien que présent seulement en rémanence dans la conception actuelle du jeu, assimile ces cartes à des substantifs ; elles rappellent la bifacialité du signe saussurien signifiant/signifié qui renvoie à un référent. La carte constitue le signifiant d’une invocation symbolique (le signifié), lequel donne vie à une créature imaginaire (le référent au sein de la fiction, auquel l’aspect iconotextuel du jeu donne chair).
Par extension, les sorts d’« auras », qui ont pour but d’« enchanter » les cartes permanentes (principalement les « créatures »), évoquent les adjectifs qui s’accolent aux noms pour en modifier la valence ou les propriétés. Les autres sorts de permanents (« artefacts » et « enchantements ») correspondent aux fonctions des adverbes et des prépositions. Ces différents types de « permanents » participent métaphoriquement à l’écriture du duel, c’est-à-dire l’élaboration d’une situation qui s’inscrit dans le temps. À l’inverse, les cartes de « rituels » et d’« éphémères », qui produisent un effet temporaire, s’assimilent davantage à une énonciation de type oral, qui a vocation à disparaître une fois formulée.
Pour finir, le dernier type de carte le plus répandu concerne les « terrains », qui ont vocation à produire l’énergie nécessaire au lancement des sorts. Au-delà de la perspective économique des ressources qu’ils évoquent, leur fonction (produire du « mana » selon le lexique du jeu) exprime une dimension ésotérique, de type chamanique. En ce sens, on peut considérer qu’ils représentent le verbe qui, dans la tradition logocentrique judéo-chrétienne, devient chair : le « mana » qu’ils produisent comme unité d’énergie est voué à se transformer en créatures, en être, en objets magiques ou autres énonciations performatives.
Il n’y a bien entendu pas lieu de transposer de façon absolue le modèle saussurien du langage dans Magic. Ce rapprochement permet toutefois de considérer l’influence d’un modèle logocentrique qui agit en rémanence, de façon non nécessairement perçue par les joueurs : sur le plan symbolique du jeu, il suffit de dire pour que les choses soient ; si bien que, par extension, le duel correspond à une joute verbale. Chaque joueur est mis en posture d’exercer un pouvoir d’ordre démiurgique ; ce qui est amplifié par son identification à un « planeswalker » – c’est-à-dire un être qui, dans la réalité du jeu, connaît à peine la finitude, proche en cela des figures divines païennes qui s’affrontent dans des combats dépassant les limites de l’existence humaine.
 
3)      Quête symbolique de performativité
 
En regard de ces éléments, on est conduit à considérer une recherche sous-jacente de performativité qui caractérise la communauté que Magic rassemble. Si l’intrigue du jeu correspond à la mise en scène d’une quête de pouvoir, l’imaginaire logocentrique qu’il déploie renvoie plus profondément au rapport individuel du sujet au langage, c’est-à-dire à l’épreuve qu’il fait du pouvoir de sa parole d’affecter le monde qui l’entoure. C’est dire que le succès de Magic repose, pour une part essentielle, sur le fait de répondre à un horizon d’attente non nécessairement conscientisé chez les joueurs touchant à leurs actes de langage. Il est à cet égard significatif de constater la violence des échanges au sein de cette communauté, a priori reliée par le désir de partager un moment convivial, concernant la détermination de la valeur de telle ou telle carte, ou l’efficacité de telle ou telle stratégie. Cela correspond à une forme de compétition intellectuelle, qui recoupe la recherche d’efficacité ludique, dans laquelle se met en jeu l’épreuve d’une puissance argumentative vouée à convaincre.
Or, les travaux de Raphaël Gély sur la performativité du langage[11] à partir de la phénoménologie de Michel Henry soulignent l’affaiblissement actuel de l’épreuve que les individus font de leurs actes de parole. Pour le philosophe belge, cela provient d’un déni généralisé de la vulnérabilité du désir de vivre, lié à l’affirmation des valeurs capitalistes et scientifiques – s’il est vrai qu’elles tendent à occulter l’énigme de l’adhésion des individus à leur existence pour en faire un procès qui va « naturellement » de soi. À l’encontre de la vision selon laquelle vivre dépend uniquement de la satisfaction de besoins élémentaires (boire, manger, dormir, etc.), la phénoménologie de la Vie met en lumière que tout besoin se révèle, fondamentalement, « besoin de culture », que Michel Henry définit comme besoin de soi :
Car c’est là ce qui fait de lui un besoin, très exactement ce qui le prédispose à la culture : le fait de n’être pas seulement le besoin de quelque chose dont il serait en lui-même dépourvu, un simple manque, mais le besoin de soi. En celui-ci réside le durable de tout besoin et ce qui le détermine comme besoin de culture : son parvenir en soi-même dans l’accroissement de soi de la subjectivité absolue de la vie.[12]

Cela souligne la vulnérabilité essentielle de la condition humaine, en tant que se joue, au cœur du vécu des individus, la vulnérabilité même de leur désir de vivre. Car la Vie, en venant en soi sans déliaison possible, peut être vécue comme une violence qui peut conduire le sujet à tenter l’impossible pour se défaire de l’épreuve de soi.
En contrepartie, faire droit à la vulnérabilité du désir de vivre initie à faire l’épreuve d’une puissance performative inscrite dans chaque parole. Si l’on reconnaît que répondre à la Vie nous intimant d’être ce vivant que l’on est – un vivant autant jouissant que souffrant – ne va pas de soi, chaque parole et par extension chaque geste accompli expriment un parti-pris positif du sujet envers sa condition, c’est-à-dire expriment autant de façons performatives d’adhérer à soi, de consentir à son existence. Comme le développe Raphaël Gély, cette perspective touche à la possibilité d’une plénitude personnelle, dès lors que la puissance d’affection de soi de la Vie peut conduire à désinvestir ses actes dans la perspective, illusoire, de se détacher du poids d’être au monde :
Dans ce vécu souffrant, je suis bien entendu en train de me vivre, mais j’éloigne en même temps ce vécu de moi-même, je l’éloigne au sens où je ne le vis pas comment [sic] un vécu au sein duquel ma propre vie naît à son désir d’être la vie qu’elle est. J’adhère à ce pâtir de moi-même faute de quoi je ne m’y éprouverais pas, mais je n’y adhère pas pleinement […].[13]

On comprend que, par corollaire, tout déni de la vulnérabilité du sujet à son existence conduit à l’affaiblissement de l’épreuve du pouvoir performatif des paroles – ce qui débouche sur le fait de vivre ses actes de langage comme dévitalisés, sans prises à l’égard du vécu et sans pouvoir sur autrui.
En regard de ces éléments, il apparaît que Magic représente un refuge dans lequel peut se vivre, dans et par l’imaginaire, une compensation à l’égard de l’impuissance dont les actes de langage peuvent être investis – soit la restauration de l’épreuve d’un pouvoir performatif. Significativement, sa richesse repose sur la transgression sans cesse renouvelée des lois qui sous-tendent sa structure, au sens où chaque mécanique ludique exprime une modification de son fonctionnement initial, de façon à induire un avantage stratégique. Ainsi, l’expérience de Magic est celle, sur un plan symbolique, d’introduire de façon jouissive de l’écart à l’égard de la Loi – au sens psychanalytique du terme – ; c’est-à-dire l’expérience non seulement de la transgression, mais également de la puissance liée à cette transgression. Aussi peut-on transposer l’analyse des jeux de mots que développe Jeanine Chasseguet-Smirgel à propos de la jouissance que peut procurer ce jeu, en ce qu’il donne à vivre similairement une libération d’« énergie jusque-là encapsulée, décharge qui est facteur de plaisir »[14]. De façon comparable au « Mot d’Esprit » qu’analyse Freud, les transgressions ludiques dans Magic permettent « à l’énergie pulsionnelle de s’écouler en bernant la censure par la libération de l’énergie liée à l’inhibition, au refoulement et au contre-investissement, créant ainsi une “épargne” libidinale »[15].
Dans cet esprit, on peut souligner également l’importance de la possibilité offerte de produire des combo aux effets spectaculaires (produire une infinité de créatures, une quantité infinie d’énergie, jouer une infinité de tours, ou gagner une quantité infinie de points de vie, etc., ou encore modifier en profondeur le fonctionnement de la partie en empêchant généralement l’autre de pouvoir réaliser les actions du jeu). En d’autres termes, les combo manifestent une forme de transgression des lois d’un monde identifié à un univers parallèle au nôtre et, par corollaire, l’épreuve imaginaire d’une toute-puissance. Cela débouche, dans le contexte ritualisé d’une partie, sur l’expérience d’un ré-enchantement de l’existence à partir de l’expérience d’une infinitisation imaginaire ; soit un enrichissement du quotidien en contrepoint de l’épreuve de la finitude et de la contingence.
 
                                                                                                               *
 
Au-delà du partage traditionnel entre les différentes formes d’expression fondé sur des critères formels, la phénoménologie de la Vie invite à concevoir que chacune d’elle manifeste le pouvoir de toucher affectivement les individus, en tant que « matière-émotion »[16] selon l’expression de Michel Collot. Alors que Magic demeure associé à un objet culturel mineur, il est pour autant possible de le considérer comme une véritable œuvre, non tant d’un point de vue plastique ou littéraire que d’un point de vue strictement ludique. Car la maîtrise d’une stratégie peut procurer des expériences d’ordre esthétique en suscitant une forme de jouissance spécifique qui permet de vivre les parties davantage que comme des affrontements : des lieux imaginaires où peut être éprouvée une puissance performative de modification du réel. En particulier, l’intérêt que suscite ce jeu au sein d’une communauté qui ne cesse de s’élargir souligne le désir de conquérir une performativité langagière, effacée par l’affirmation contemporaine d’une naturalisation de l’existence.
Dès lors que Magic permet, dans une certaine mesure, de lutter contre l’impuissance éprouvée des actes de parole à se nouer à l’intrigue individuelle des personnes, il invite par corollaire à considérer l’imaginaire davantage que comme une puissance d’évasion qui éloignerait l’individu de l’expérience du monde. Il offre, au contraire, de faire droit au fait que l’imaginaire offre un supplément d’existence, en permettant de se vivre à la fois ici (comme cette personne qui manipule le support cartonné des cartes) et ailleurs (comme un magicien lançant des sorts), de façon à permettre à l’individu de consentir de façon renouvelée à sa condition. Soit le fait que la Vie se désire tout autant dans la « réalité rugueuse » évoquée par Rimbaud que dans l’imaginaire – tous deux participant activement au renouvellement de l’acte d’adhésion des personnes à leur propre vie.





[1] Voir Mikhaël Bakhtine, Esthétique et théorie du roman, Paris, Gallimard, 1987.
[2] Voir Roland Barthes, « L’Effet de réel », in Communications, n°11, 1968, pp. 84-89.
[3] Voir Françoise Lavocat (sous la direction de), La théorie littéraire des mondes possibles, Paris, CNRS Éditions, 2010.
[4] Voir Jean-Marie Schaeffer, Pourquoi la fiction ?, Paris, Seuil, 1999.
[5] L’extension « Tempête » est à cet égard celle qui a le plus tenté l’adéquation entre cartes et récit, à la façon d’une bande-dessinée éclatée. Voir l’analyse de Pierre Cuvelier dans : Magic : l’assemblée. Treize ans de multivers. Tour d’horizon des éditions et des extensions du jeu de Wizards of the Coast avec jalon pour une étude des univers fictifs des jeux de cartes à jouer et à collectionner, http://www.normalesup.org/~pcuvelier/master1/MagicTreizeAnsDeMultivers.pdf, consulté le 7 octobre 2013.
[6] Voir Michel Collot, La poésie moderne et la structure d’horizon [1989], Paris, Presses universitaires de France, 2005, collection « Écritures ».
[7] L’expression est empruntée à Jean Burgos dans son ouvrage : Pour une poétique de l’Imaginaire, Paris, Seuil, 1982, collection « Pierres vives ».
[8] Le terme est à prendre ici au sens spécifiquement développé par Jacques Derrida et qui renvoie à une primauté de la parole en ce qu’elle est productrice de « présence » ; voir Jacques Derrida, Marges de la philosophie, Paris, Éditions de Minuit, 1972.
[9] Voir la tripartition que développe John Langshaw Austin entre « acte locutoire », « acte illocutoire » et « acte perlocutoire » dans son ouvrage : Quand dire, c’est faire [1962], Paris, Seuil, 1991, collection « Points Essais ».
[10] On peut remarquer, de façon significative, que l’on perd la partie dès lors qu’on ne peut plus piocher de cartes. Alors que dans l’imaginaire du  jeu, il est dit que le « magicien » devient fou, cela correspond au fait d’être privé précisément de langage, de potentialités expressives. À cet égard, les cartes liées au principe de vider la « bibliothèque » du joueur dans son cimetière évoquent une façon d’atteindre à son psychisme.
[11] Voir Raphaël Gély, « Le langage et l’affectabilité radicale de la vie. Réflexion à partir de la phénoménologie de Michel Henry », in Benoit Kanabus et Joseph Maréchal (sous la direction de), Dire la croyance religieuse. Langage, religion et société, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 2012, collection « Anthropologie et philosophie sociale », pp. 85-117.
[12] Michel Henry, La barbarie, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, 1987, collection « Le livre de poche. Biblio essais », p. 146.
[13] Raphaël Gély, « Souffrance et attention à la vie : éléments pour une phénoménologie radicale du soin », in Bulletin d’analyse phénoménologique, volume 5, 2009, http://pupups.ulg.ac.be/bap.htm, consulté le 12 juillet 2012, p. 16.
[14] Janine Chasseguet-Smirgel, Pour une psychanalyse de l’art et de la créativité, Paris, éditions Payot, 1988, collection « Science de l’homme Payot », p. 37.
[15] Idem.
[16] Voir Michel Collot, La matière-émotion, Paris, Presses universitaires de France, 1997, collection « Écritures ».
 

62 commentaires

Connectez-vous ou créez un compte pour commenter. Les comptes de l'ancien site fonctionnent avec leur mot de passe.
  1. chercheur Lundi 02 Novembre 2015 à 09:14
    Le 02/11/2015 à 04:09, tazzav avait écrit ...
    J'ai était bloquer dans ma lecture par l'emplois du terme "jeu" dans ton texte, qui a mon sens limite Magic et discrédite ton texte.

    Ensuite une analyse de l'organisation du champs de bataille pourrai être pertinent dans ton texte je pense , pourquoi les terrains derières et  les créature devant? (ce n'était pas le cas avant...)44

    et pour finir...merci  (d'avoir torturé mes meninges, et cette vision avec recul) et désolé pour les faute d'othographe
     


    Bonjour Tazzav,

    Merci pour ta lecture et en particulier le cookie - tout à fait bienvenu !
    Je comprends ta réserve à l'égard du mot "jeu". En tant que littéraire, le "jeu" est quelque chose d'absolument sérieux. A mon sens, énormément de choses sont des formes de jeu, plus ou moins reconnu : la littérature est une forme de jeu, les sciences aussi pour une part, et la création, etc. Le soin aussi passe par le jeu. Derrière tout jeu, il y a un enjeu - même si c'est pour rire - et l'enjeu renvoie toujours à quelque chose de fort symboliquement.
    Je considère même que "jouer" est l'exploitation d'un pouvoir fascinant : celui de l'hétérotypie, c'est-à-dire le fait d'être capable de se vivre à la fois dans l'ici-maintenant et en même temps ailleurs et autrement. D'être à la fois "moi" et d'être un "autre" que l'oeuvre (littéraire, cinématographique, ou autre... ludique, comme Magic) nous permet de vivre.

    C'est vrai que je n'ai pas pensé à analyser les modalités même de ce champ de bataille, avec l'utilisation de telle ou telle forme de mise en espace des cartes. De façon intuitive, comme ça, sans trop y réfléchir, j'ai l'impression que le fait de placer les créatures devant les terrains renvoie à une vision plus proactive, plus agressive de Magic, avec une armée plus menaçante pour l'adversaire, puisque les terrains ne font pas, dans une perspective imaginaire bien sûr, obstacle ou ne constituent pas une ligne de protection.
    Bon, c'est tout à fait critiquable.

    En ce qui concerne les normes APA, les littéraires n'y sont pas soumis... (-;    Et en plus, personnellement, ça m'arrange, car je trouve les normes assez moches en comparaison des formes utilisées en littérature !

    Bien amicalement,
  2. tazzav Lundi 02 Novembre 2015 à 04:09
    J'ai fait une lecture diagonal des commentaires ,j'ai donc peut-etre raté des choses et j'ai surement raté des nuances dans ton texte je suis plus scientifique que litéraire : (d'ailleurs tu as le droits a un cookie pour l'emploie de isomorphisme )

    J'ai était bloquer dans ma lecture par l'emplois du terme "jeu" dans ton texte, qui a mon sens limite Magic et discrédite ton texte.

    Ensuite une analyse de l'organisation du champs de bataille pourrai être pertinent dans ton texte je pense , pourquoi les terrains derières et  les créature devant? (ce n'était pas le cas avant...)44

    et pour finir...merci  (d'avoir torturé mes meninges, et cette vision avec recul) et désolé pour les faute d'othographe
     
  3. tazzav Dimanche 01 Novembre 2015 à 23:16
    J'ai pas encore lu l'article mais le manque d'espace est mortel.
    il manque la bibliographie au norme APA svp

    et pour ceux qui trouve que magic n'as rien du jeu de rôle , je ne suis pas d'accord : il y a un univers riche derière... (storyline, TA, illustration ), le jeux place le joueur en tant que PW à l'origine, l'éditeur ....
  4. Yaska Mercredi 28 Octobre 2015 à 11:39
    Bonjour,
    j'ai bien conscience que ce que je vais dire à déjà été formulé à plusieurs reprises mais bon...Le sujet m'intéressait vraiment donc je me permets de le "redire" en espérant qu'à l'avenir cela soit pris en compte: Le thème est génial mais absolument pas traité de manière accessible. Je n'estime pas avoir un haut ou bas niveau de français mais je n'ai pour ainsi dire pas pu profiter de l'article. Au bout d'un tiers du texte, je me suis retrouvé à lire sans lire. Les termes complexes ne sont jamais définis. Devoir jongler entre article et dictionnaire pour espérer comprendre le sens global de ta pensée tue le texte.
    Peut être que la vulgarisation ferait perdre à l'article une partie de son sens, sauf que la la majorité des personnes sont tout simplement passées à côté.

    Dommage :/
  5. chercheur Mercredi 28 Octobre 2015 à 09:48
    Le 28/10/2015 à 09:19, Palefang avait écrit ...
    Ce n'est pas une critique de fond, en somme, mais une critique de forme. Quelque part, ce que je jeansapin expose, ce sont les différences avec l'école classique à laquelle il (et surement pas que lui) est habitué.
    Aussi, ce qu'il manque pour ce texte, c'est un contexte.

    Je ne prétends pas donne L'explication, mais des pistes pour que telle mésaventure ne se reproduise pas (C'est cuisant d'un coté comme de l'autre.) :

    Si elles n'apparaissent pas dans le document en lui même, peut être que de redonner des définitions des termes techniques / théories invoquées permettraient déjà l'accès d'un public un peu plus grand à ton propos.
    Préciser très rapidement la méthodologie employée, surtout quand il y a des différences évidentes avec la méthodologie à laquelle le grand public est habitué. Il n'est pas forcément nécessaire de justifier ou débattre de la pertinence de la méthodologie choisie, mais au moins de l'exposer.
    Si tu en as le temps / l'envie, faire une mise en page peut être plus aérée. La plupart des articles contiennent des images, pointes d'humour en aparté... Cela ne fait qu'emballer le propos, mais tellement de personnes achètent des biens suivant leur look ou leur emballage...

    Il faut aussi comprendre que la plupart des lecteurs viennent sur MC pour se détendre, voir des news faciles d'accès sur magic etc... Leur imposer un travail de recherche de définition des termes et notions pour comprendre un texte à l'aspect rébarbatif (je ne parle que de la mise en page) était pour moi un paris perdu d'avance.

    La majorité des critiques viennent de l'ensemble de ces décalages. Je ne pense pas que ton article soit un OVNI sur le site dans l'absolu, mais peut être faudrait il l'adapter un peu plus aux lecteurs.
    Enfin, je ne souhaite pas du tout te mettre sur la défensive (et je pense que Jeansapin ne cherchait nullement à faire un travail de sape non plus), mais plutôt essayer de donner des pistes pour que l?article rencontre plus de public / succès et que le débat sur le fond puisse s'imposer.


    Enfin, quitte à faire un article comme celui ci sur MC, autant nous laisser aussi un lien vers une version non-édulcorée et complète non ? Les personnes qui seront intéressées pourront voir l'ensemble de ton travail et en discuter plus avant. Ou est ce que cela pose problème s'il est publié dans une revue en parallèle ?

    Bonjour Palefang,

    Oui, je suis tout à fait d'accord. Ce sont des critiques pertinentes, chacun met le doigt avec plus ou moins de justesse sur quelque chose de vrai. Fondamentalement, ce n'est pas cela qui me dérange ; ce qui me dérange c'est la posture avec laquelle les critiques sont faites. Enfin soit.

    Merci du moins de revenir dessus de la sorte.

    En ce qui concerne les liens vers les textes d'origine, il y a effectivement la question des droits d'auteur que la revue ou l'éditeur s'approprie. Je ne peux pas faire cela - d'où une réécriture minimale de la version d'origine ici pour éviter des conflits.

    Bien à toi,
  6. Palefang Mercredi 28 Octobre 2015 à 09:19
    Le 27/10/2015 à 19:46, chercheur avait écrit ...
    Je vais ajouter ceci. Ça ne me dérange pas de prendre du temps, pas encore en tout cas, pour essayer d?expliquer et de préciser les passages qui vont paraissent faibles ; et ça me paraît légitime. Mais je sais ce que vaut ce travail, et je n?ai pas besoin des personnes de ce site pour le savoir.
    J?ai juste pensé, après avoir travaillé 6 ans dans le domaine universitaire, que j?allais enfin briser la tradition qui fait que ce type de travail reste protégé et lu seulement par une poignée d?intéressés qui peut se procurer les revues ou les livres (assez coûteux) qui sont généralement les seuls moyens de diffusion de ce travail.

    Si au moins le vernis d?une formule qui ferait au moins crédit de quelque chose de maîtrisé à l?égard de ce travail, quitte à tomber sur des failles véritables, pouvait être conservé a minima, cela me ferait vraiment plaisir.
     
    Merci à ceux qui auront lu ce message et qui en tiendront compte...


    En fait, je pense que toutes les incompréhensions et critiques viennent de ce point la : nous ne sommes ni habitués à la méthodologie, ni capable de l'apprécier car pas habitués aux codes de l'école que tu as choisi ou au langage universitaire.

    Ce n'est pas une critique de fond, en somme, mais une critique de forme. Quelque part, ce que je jeansapin expose, ce sont les différences avec l'école classique à laquelle il (et surement pas que lui) est habitué.
    Aussi, ce qu'il manque pour ce texte, c'est un contexte.

    Je ne prétends pas donne L'explication, mais des pistes pour que telle mésaventure ne se reproduise pas (C'est cuisant d'un coté comme de l'autre.) :

    Si elles n'apparaissent pas dans le document en lui même, peut être que de redonner des définitions des termes techniques / théories invoquées permettraient déjà l'accès d'un public un peu plus grand à ton propos.
    Préciser très rapidement la méthodologie employée, surtout quand il y a des différences évidentes avec la méthodologie à laquelle le grand public est habitué. Il n'est pas forcément nécessaire de justifier ou débattre de la pertinence de la méthodologie choisie, mais au moins de l'exposer.
    Si tu en as le temps / l'envie, faire une mise en page peut être plus aérée. La plupart des articles contiennent des images, pointes d'humour en aparté... Cela ne fait qu'emballer le propos, mais tellement de personnes achètent des biens suivant leur look ou leur emballage...

    Il faut aussi comprendre que la plupart des lecteurs viennent sur MC pour se détendre, voir des news faciles d'accès sur magic etc... Leur imposer un travail de recherche de définition des termes et notions pour comprendre un texte à l'aspect rébarbatif (je ne parle que de la mise en page) était pour moi un paris perdu d'avance.

    La majorité des critiques viennent de l'ensemble de ces décalages. Je ne pense pas que ton article soit un OVNI sur le site dans l'absolu, mais peut être faudrait il l'adapter un peu plus aux lecteurs.
    Enfin, je ne souhaite pas du tout te mettre sur la défensive (et je pense que Jeansapin ne cherchait nullement à faire un travail de sape non plus), mais plutôt essayer de donner des pistes pour que l?article rencontre plus de public / succès et que le débat sur le fond puisse s'imposer.


    Enfin, quitte à faire un article comme celui ci sur MC, autant nous laisser aussi un lien vers une version non-édulcorée et complète non ? Les personnes qui seront intéressées pourront voir l'ensemble de ton travail et en discuter plus avant. Ou est ce que cela pose problème s'il est publié dans une revue en parallèle ?
  7. chercheur Mardi 27 Octobre 2015 à 19:52
    Le 27/10/2015 à 18:41, Alcybiade avait écrit ...
    Bonsoir,
    Merci pour cet article très intéressant. Cependant je pense qu'il serait bon de le rendre accessible à un plus large public en raccourcissant les phrases et en employant des mots plus simples (sans pour autant devenir simpliste).

    Personnellement, j'ai fait 5ans d'études post-bac dans les sciences humaines (je suis donc formé à lire ce type de vocabulaire) et j'ai dû reprendre certaines phrases plusieurs fois pour être certain de ne pas faire de contre-sens.

    Je pense que l'un des plus grands intérêts de la lecture d'un texte - même à vocation scientifique - est le ressenti. Je veux te remercier pour cela car j'ai souri plusieurs fois en le lisant, parce que j'y ai retrouvé certaines de mes réactions/émotions/sensations.

    C'est pourquoi je pense que ton article gagnerait à être rendu plus pédagogique. Pour que tout le monde, les adolescent-e-s qui jouent à Magic en particulier, puissent y trouver le plaisir que j'ai eu à te lire.

    Pour finir, j'aurais bien vu un paragraphe à propos du champs lexical lié à la chance (déjouer la malchance étant à mon sens un marqueur de performativité). Tu parles des decks de 60 cartes, mais dans le format EDH il y en a 100, toutes différentes. Je pense qu'en fonction des formats, les rhétoriques ne sont pas exactement les mêmes...

    Bonne continuation à toi.

    Bon, je viens d'écrire deux longs commentaires sur la défensive... mais je dois avouer que cela fait chaud au coeur de lire ton commentaire !

    Je reconnais complètement avoir mal évalué la pertinence de proposer ce travail tel quel ici. Je m'en rends compte un peu trop tardivement. Et vraiment, le but n'était pas du tout de maintenir une distance inaccessible : je suis profondément désolé pour toutes les personnes qui se sentent distanciées ou exclues de sa compréhension.

    Je n'ai jamais pensé à développer cette idée du vocabulaire de la chance et je te remercie infiniment pour cette idée qui me parle beaucoup !
    Et oui, au moment même où j'ai écrit 60 cartes, j'ai eu le scrupule à l'égard de ce manque de précision. Je le sais. J'ai au départ commencé de détailler... et puis comme ce texte était au départ destiné à un public qui s'en fout en fait de Magic, je me suis dit que l'excès de précisions ici risquait de nuire au sens.
    Mais effectivement, je partage a priori complètement l'idée que pour chaque format, l'analyse doit être recalibrée.

    Merci encore pour ce chouette message !
    Bien amicalement,
  8. chercheur Mardi 27 Octobre 2015 à 19:46
    Je vais ajouter ceci. Ça ne me dérange pas de prendre du temps, pas encore en tout cas, pour essayer d?expliquer et de préciser les passages qui vont paraissent faibles ; et ça me paraît légitime. Mais je sais ce que vaut ce travail, et je n?ai pas besoin des personnes de ce site pour le savoir.
    J?ai juste pensé, après avoir travaillé 6 ans dans le domaine universitaire, que j?allais enfin briser la tradition qui fait que ce type de travail reste protégé et lu seulement par une poignée d?intéressés qui peut se procurer les revues ou les livres (assez coûteux) qui sont généralement les seuls moyens de diffusion de ce travail.

    Si au moins le vernis d?une formule qui ferait au moins crédit de quelque chose de maîtrisé à l?égard de ce travail, quitte à tomber sur des failles véritables, pouvait être conservé a minima, cela me ferait vraiment plaisir.
     
    Merci à ceux qui auront lu ce message et qui en tiendront compte...
     
  9. chercheur Mardi 27 Octobre 2015 à 19:44
    Le 27/10/2015 à 18:31, jeansapin avait écrit ...
    Bonjour,
     
    Tout d'abord je voudrais commencer par saluer ton initiative. Produire un commentaire "intellectuel" sur un jeu de cartes à collectionner c'est faire sortir les sciences de l'homme de leur carcan universitaire, et ça, c'est quelque chose que je trouve intéressant. C'est justement parce que je trouve l'initiative courageuse et intéressante que je risque de m'exprimer de manière un peu sévère, mais je le fais pour mieux me faire comprendre et pour souligner ce qui, à mon sens, pose problème. Je ne m'arrêterais pas sur l'expression pour éviter la redondance, mais sur le contenu de la thèse et la méthodologie.
    Tout d'abord, je pense qu'il y a un problème méthodologique. Il y a deux choses qui m'ont choquées dans ce texte que je vais évoquer par ordre d'importance croissante. Premièrement, tu ne cherches jamais de contre-arguments, tu ne discutes jamais ce que tu avances. Avancer des contre-arguments, ce n'est pas simplement  pour être modeste, mais c'est comme ça que le texte doit avancer et se solidifier ; je dirais même que c'est comme ça qu'on distingue une réflexion intellectuelle d'une simple opinion.
     La deuxième chose, plus grave je pense, c'est que tu ne travailles pas sur les concepts. En te lisant, les concepts sont donnés (tu dis "tel que Machin le définit"). Définir les concepts, ce n'est pas simplement pour se faire comprendre, mais ça sert à faire avancer la réflexion. En recoupant la mise en perspective de thèses opposées  et une tentative définitionnelle du ou des concepts, on en arrive à une problématique qui est la serrure en quelque sorte, dont il faut produire une clé.
    Je te donne un exemple d'un manque dans ton texte qui est lié à l'absence d'analyse conceptuelle à mon sens. Tu n'étudies pas en détail ce qu'est un "performatif", or, je pense que si tu l'avais fait, tu aurais eu plus de mal à dire qu'il est question de performativité dans magic : tu aurais rencontré un problème que tu aurais dû résoudre, et ton texte aurait dû se centrer là-dessus. En effet, un acte performatif, c'est quand "dire c'est faire", certes, c'est-à-dire ? La parole n'est pas un supplément, ou une description, ou une clarification de l'action, mais la parole, c'est l'action. Pour qu'un performatif fonctionne, il faut rassembler un certain nombre de conditions. Par exemple, je ne peux pas déclarer mari et femme n'importe qui dans la rue. Pour ça, il faut rassembler toutes les conditions requises (que je sois prêtre ou maire, qu'on soit dans le bon endroit, avec les bonnes personnes, dans le bon positionnement, etc...).
    En quoi dire c'est faire dans Magic ? Parce que toutes les cartes sont des sorts, et les sorts sont des performatifs dis-tu. Certes, certes, mais une partie de magic peut se dérouler dans le silence. La parole ne fait que préciser l'action, la rendre plus intelligible. Le fait d'avoir le mana dispo, de poser la carte et etc, ça, c'est l'action (et non pas des circonstances). La parole, si il y en a, n'est jamais qu'un commentaire de l'action. Il y a là une difficulté énorme que tu n'analyses même pas, et que tu n'as pas le droit de ne pas analyser je pense. Tu sembles avoir conscience qu'il n'y a aucun performatif réel quand on joue à Magic, parce que tu rajoutes à longueur de temps que c'est "symbolique" ou "non-conscient". Tu ignores cette objection, tu la balayes sous le tapis par l'appel au symbolique. Tu ne te demande à aucun moment en quoi le fait qu'un sort renvoie à de la parole ça soit suffisant pour statuer sur une réalité symbolique. Après tout, le pentagramme des couleurs pourrait renvoyer à la peinture, "symboliquement" bien sûr. Parce qu'à partir de là, on peut avancer tout ce qu'on veut même quand toutes les évidences vont contre nous (parler de performatif là où la parole est optionnelle) sous réserve que ce n'est pas conscient. La réaction sur les premières pages de wolfwitcher est précieuse à cet égard je pense. D'une manière un peu abrupte il se révolte contre tes assertions sur la réalité "non-consciente" de magic, il dit "non, quand je joue à magic je fais ceci, cela, et pas autre chose", et il a raison je pense de se révolter ainsi. Même si on t'accorde qu'un sort renvoie à de la parole (ce qui est vraiment contestable), ça, c'est sur le papier. Quand on joue, on y pense pas une fraction de seconde. Pour y penser, il faut qu'un universitaire nous tombe sur le coin du nez. On a pas le droit de s'en tirer avec un "c'est symbolique". Pour te donner un exemple, ton argumentaire est sur le plan formel semblable à ce raisonnement :
    -il y a des couleurs dans magic, il y a des couleurs dans la peinture, Magic renvoie symboliquement à l'exercice de la peinture.
    -je joue à Magic je ne pense pas à la peinture.
    -C'est normal c'est symbolique.
     
    Je comprends la réaction de TheWretched qui a l'impression que le parallèle est arbitraire, et qu'il est possible de faire des parallèles avec tout et n'importe quoi. Il ne suffit pas qu'un élément soit partagé par deux réalités pour établir une liaison entre elles. Il y a énormément d'éléments qui sont présents sur une carte Magic, éléments qui sont partagés par d'autres réalités qui n'ont pourtant aucun rapport avec Magic. Le fait qu'il soit question de sorts dans Magic ne renvoie pas nécessairement à du performatif (peut-être seulement au surnaturel ?)tout autant que le pentagramme des couleurs ne renvoie pas nécessairement à une passion pour les arcs en ciels ou la peinture. Si on procède comme toi, il est possible de créer une quantité presque infinie de liens.
     
    Pour conclure, je pense que si l'acte de parole n'est pas quelque chose qui est vécu par le joueur, il va falloir prendre des pincettes pour expliquer en quoi il y a en réalité acte de parole. Bien que toutes les cartes soient des sorts et que les sorts (admettons) renvoient à de la parole il va falloir expliquer en quoi ce parallèle est plus cohérent que celui entre le pentagramme des couleurs et la peinture si personne n'a l'impression d'accomplir un performatif quand il joue à Magic. Je n'invalide pas ta thèse en disant cela, je dis juste que pour soutenir une thèse il faut envisager les thèses opposées, ce que j'ai fait rapidement, et construire sa réflexion au creux de cette opposition.

    Bonjour Jeansapin,
     
    Hormis le fait que ton commentaire est (finalement comme un nombre conséquent de cette section) d?une assez grande violence, je te remercie pour la lecture assez sérieuse que tu as faite de ce texte et pour le temps que tu as pris pour partager tes réflexions.
     
    Je le pose calmement, mais c?est plutôt désagréable d?être jugé, même si c?est avec sincérité et candeur, un peu rapidement ? ce que la majorité a tendance à faire. Je vais donc reposer les choses plus précisément, avant de cesser de répondre et de visiter cette page qui me fait regretter de penser que la communauté de ce site peut être intéressé par ce partage.
     
    J?ignore ce que tu fais, quelle fonction tu occupes, quel âge tu as, etc. En revanche, j?ai fini ma part de faire mes preuves : ça a été mon métier pendant 6 ans d?être un chercheur dans 2 universités, d?être publié dans des revues prestigieuses, d?avoir été interrogé et questionné par des experts connus internationalement. Je t?avoue que c?est quand même quelque chose de se voir apprendre son métier par le premier inconnu, surtout de cette façon un peu désinvolte. Mais soit, passons. Je serais toutefois immensément curieux de savoir l?effet que produirait ton avis auprès des personnes qui, en plus de mon expertise ? désormais reconnue par le niveau d?études le plus haut qu?on peut atteindre dans mon domaine ? l?ont évalué pour en mesurer la valeur et la pertinence : dont mon ancienne directrice de thèse, qui est une sommité dans son domaine, au point que c?est la seule universitaire que je connaisse à être respectée même auprès de ses ennemis intellectuels ; le directeur de la revue qui a accepté sa publication et qui est également une sommité dans son domaine ; ainsi que deux universitaires experts (un de langue anglaise, un autre de langue flamande). Cela fait donc 4 lectures différentes réalisées par des personnes dont l?exigence est particulièrement élevée et les seules critiques que j?ai reçues à propos du texte concernaient le fait qu?il n?était pas assez encyclopédique sur la façon dont les anglo-saxons traitent la question du jeu de rôle. De fait, ce n?est au départ pas mon domaine, je le concède. En revanche absolument rien sur ma démarche.
     
    Cela posé, je vais donc répondre à tes critiques en espérant te faire partager au mieux mon point de vue. Les problèmes « méthodologiques » que tu soulèves, tout d?abord, n?en sont pas. Ce sont des questions d?école ? de style si tu préfères. Je sais pertinemment que la tradition française apprécie les contre-arguments. C?est un choix de construction théorique, en rien une obligation, ni une méthodologie absolue. Je vais même être clair, pour moi, c?est une faiblesse intellectuelle. Je vais déployer. ?ai suivi l?enseignement d?une personne que je considère comme un « maître » en littérature et je reste fidèle à son enseignement et à sa façon de faire. C?est elle, qui siège par ailleurs à l?académie des sciences et des arts en Belgique, preuve s?il en est de sa compétence éminente dans son domaine, qui m?a initié à une écriture la plus pure possible. Et cela passe par le fait de ne pas déployer de contre-arguments ou de prendre le temps de s?appesantir sur les thèses qui nous paraissent fausses. On prend un fil et on garde le cap, on avance efficacement, et avancer efficacement c?est poser une suite logique d?arguments et d?éléments qui construisent un cheminement. C?est une façon de faire absolument valable et il faudrait déjà être capable de surpasser cette personne en qualité de travail pour seulement me faire penser le contraire? parce que c?est la meilleure façon d?aller le plus loin possible en un minimum de place.
     
    Ta deuxième critique s?inscrit dans la suite du propos précédent. Je peux concevoir que l?analyse conceptuelle peut te paraître faible, ça ne veut pas dire qu?elle est inexistante. Je vais quand même préciser que même si j?ai absolument raté la réécriture de cet article, il ne s?agit même pas ici de la version définitive qui va être publiée, plus complète, plus dense et plus exigeante encore en termes de précisions universitaires. C?est déjà un produit légèrement « édulcoré » que vous avez là. Sans doute pas assez, mais soit. S?appesantir sur les concepts, c?est pour moi répéter ce que d?autres ont déjà dit. Pour ma part, je suis plutôt assez sévère, voire cinglant à l?égard des personnes qui se dissimulent derrière les concepts que d?autres ont déjà pris le temps de développer. Et une fois que tu les as re-développés avec tes propres mots, et quoi ? On continue de peser des ?ufs de mouche avec des toiles d?araignée ?
     
    À cet égard, et j?apprécie la précision, ce n?est pas pour rien que je n?emploie à aucun moment le terme de « performatif » ; ça ne m?intéresse pas. C?est donc volontairement que j?emploie le terme de « performativité ». L?introduction de ce texte dit pourtant rapidement que je fais une analyse plutôt sociologique et philosophique? pas linguistique.
    Ca veut donc dire que ton analyse est certes correcte? tant qu?on s?en tient à la vision d?Austin qui est effectivement l?un des pionniers sur les actes de langage. Mais enfin, son livre clef date de 1962? on a fait d?autres choses depuis (et sans vouloir en rajouter, mais enfin c?est tentant, j?ai 18 articles qui développent une approche nouvelle de la notion de performativité? appuyée et validée par toute une série de personnes qui sont des universitaires et des intellectuels de haut niveau. Ca ne me gêne pas d?évoquer leurs noms pour appuyer mes dires).
    Si on restreint l?idée de performativité au langage verbal ? ce que je ne fais pas ? alors cela veut dire que les gestes n?ont aucun pouvoir de signifier et de produire du sens ou des effets? ??? Qui plus est, l?approche d?Austin est intéressante mais très limitée, puisqu?il est incapable de déterminer les conditions à l?intérieur même du langage, ce qu?il tente honnêtement de faire. Il faut en revenir, et c?est ma démarche, à autre chose que l?analyse du langage déconnectée de l?individu. Et la phénoménologie de la Vie propose une perspective qui peut efficacement casser les dichotomies ancrées depuis trop longtemps dans les études du langage : ce n?est pas le langage qui fait, c?est nous. Comme si on pouvoir se représenter le langage en dehors des personnes, flottant à côté de nous comme une puissance.
     
    Je vais donc reprendre les articulations grossières de mon raisonnement, pour éclaircir cette idée de « symbolique » qu?il me semble tu ne saisis pas tout à fait ? parce que je te suis dans ta vision du symbolique mais ne me retrouve pas dans ta critique. Ce que je fais, c?est prendre le pari de montrer un rapprochement signifiant potentiellement valable entre Magic et le langage. Je fais le rapprochement avec la performativité parce que 1) la performativité est le pouvoir d?agir sur le réel (pouvoir non tangible? ce à quoi aboutit déjà Austin en 1962?)     2) Magic repose sur l?idée de générer des effets invisible (effets continus, capacités, etc.) à partir d?éléments visibles : mais les deux ne se recoupent pas (la pile n?est pas un espace tangible par exemple     3) je vois donc un rapport possible entre la recherche d?une performativité du langage et le plaisir de jouer à Magic (pourquoi pas d?ailleurs s?interroger sur son succès, puisqu?il ne cesse de grandir?), de façon symbolique (et ça ne me paraît pas fou de le poser, ou alors ça m?échappe et j?en suis bien désolé) en ce sens que la magie de Magic évoque symboliquement le pouvoir d?affecter la réalité (et dans la culture judéo-chrétienne, ben ce pouvoir est souvent relié à la parole. C?est pas moi qui l?ai choisi). Et c?est symbolique parce que, quand je pose une carte, j?ai jamais vu un dragon sortir de l?illustration et se mettre à voler dans la salle?
    Et ce qui est non conscientisé, c?est ce rapport d?homologie? qui semble probant (mais, ok, je sais que c?est un point parfaitement discutable).
     
    Après, et il me semble pourtant l?évoquer, je suis conscient que ça n?a pas de sens de vouloir absolument forcer le trait et de réduire Magic à un modèle linguistique. Donc? nous disons en fait la même chose, ou alors ? ?
     
    Si tu as d?autres zones d?ombre, je reste encore pour le moment disponible pour faire de mon mieux et dissiper les malentendus possibles.
     
    Bien à toi,
     
  10. Alcybiade Mardi 27 Octobre 2015 à 18:41
    Bonsoir,
    Merci pour cet article très intéressant. Cependant je pense qu'il serait bon de le rendre accessible à un plus large public en raccourcissant les phrases et en employant des mots plus simples (sans pour autant devenir simpliste).

    Personnellement, j'ai fait 5ans d'études post-bac dans les sciences humaines (je suis donc formé à lire ce type de vocabulaire) et j'ai dû reprendre certaines phrases plusieurs fois pour être certain de ne pas faire de contre-sens.

    Je pense que l'un des plus grands intérêts de la lecture d'un texte - même à vocation scientifique - est le ressenti. Je veux te remercier pour cela car j'ai souri plusieurs fois en le lisant, parce que j'y ai retrouvé certaines de mes réactions/émotions/sensations.

    C'est pourquoi je pense que ton article gagnerait à être rendu plus pédagogique. Pour que tout le monde, les adolescent-e-s qui jouent à Magic en particulier, puissent y trouver le plaisir que j'ai eu à te lire.

    Pour finir, j'aurais bien vu un paragraphe à propos du champs lexical lié à la chance (déjouer la malchance étant à mon sens un marqueur de performativité). Tu parles des decks de 60 cartes, mais dans le format EDH il y en a 100, toutes différentes. Je pense qu'en fonction des formats, les rhétoriques ne sont pas exactement les mêmes...

    Bonne continuation à toi.


     
  11. jeansapin Mardi 27 Octobre 2015 à 18:31
    Bonjour,
     
    Tout d'abord je voudrais commencer par saluer ton initiative. Produire un commentaire "intellectuel" sur un jeu de cartes à collectionner c'est faire sortir les sciences de l'homme de leur carcan universitaire, et ça, c'est quelque chose que je trouve intéressant. C'est justement parce que je trouve l'initiative courageuse et intéressante que je risque de m'exprimer de manière un peu sévère, mais je le fais pour mieux me faire comprendre et pour souligner ce qui, à mon sens, pose problème. Je ne m'arrêterais pas sur l'expression pour éviter la redondance, mais sur le contenu de la thèse et la méthodologie.
    Tout d'abord, je pense qu'il y a un problème méthodologique. Il y a deux choses qui m'ont choquées dans ce texte que je vais évoquer par ordre d'importance croissante. Premièrement, tu ne cherches jamais de contre-arguments, tu ne discutes jamais ce que tu avances. Avancer des contre-arguments, ce n'est pas simplement  pour être modeste, mais c'est comme ça que le texte doit avancer et se solidifier ; je dirais même que c'est comme ça qu'on distingue une réflexion intellectuelle d'une simple opinion.
     La deuxième chose, plus grave je pense, c'est que tu ne travailles pas sur les concepts. En te lisant, les concepts sont donnés (tu dis "tel que Machin le définit"). Définir les concepts, ce n'est pas simplement pour se faire comprendre, mais ça sert à faire avancer la réflexion. En recoupant la mise en perspective de thèses opposées  et une tentative définitionnelle du ou des concepts, on en arrive à une problématique qui est la serrure en quelque sorte, dont il faut produire une clé.
    Je te donne un exemple d'un manque dans ton texte qui est lié à l'absence d'analyse conceptuelle à mon sens. Tu n'étudies pas en détail ce qu'est un "performatif", or, je pense que si tu l'avais fait, tu aurais eu plus de mal à dire qu'il est question de performativité dans magic : tu aurais rencontré un problème que tu aurais dû résoudre, et ton texte aurait dû se centrer là-dessus. En effet, un acte performatif, c'est quand "dire c'est faire", certes, c'est-à-dire ? La parole n'est pas un supplément, ou une description, ou une clarification de l'action, mais la parole, c'est l'action. Pour qu'un performatif fonctionne, il faut rassembler un certain nombre de conditions. Par exemple, je ne peux pas déclarer mari et femme n'importe qui dans la rue. Pour ça, il faut rassembler toutes les conditions requises (que je sois prêtre ou maire, qu'on soit dans le bon endroit, avec les bonnes personnes, dans le bon positionnement, etc...).
    En quoi dire c'est faire dans Magic ? Parce que toutes les cartes sont des sorts, et les sorts sont des performatifs dis-tu. Certes, certes, mais une partie de magic peut se dérouler dans le silence. La parole ne fait que préciser l'action, la rendre plus intelligible. Le fait d'avoir le mana dispo, de poser la carte et etc, ça, c'est l'action (et non pas des circonstances). La parole, si il y en a, n'est jamais qu'un commentaire de l'action. Il y a là une difficulté énorme que tu n'analyses même pas, et que tu n'as pas le droit de ne pas analyser je pense. Tu sembles avoir conscience qu'il n'y a aucun performatif réel quand on joue à Magic, parce que tu rajoutes à longueur de temps que c'est "symbolique" ou "non-conscient". Tu ignores cette objection, tu la balayes sous le tapis par l'appel au symbolique. Tu ne te demande à aucun moment en quoi le fait qu'un sort renvoie à de la parole ça soit suffisant pour statuer sur une réalité symbolique. Après tout, le pentagramme des couleurs pourrait renvoyer à la peinture, "symboliquement" bien sûr. Parce qu'à partir de là, on peut avancer tout ce qu'on veut même quand toutes les évidences vont contre nous (parler de performatif là où la parole est optionnelle) sous réserve que ce n'est pas conscient. La réaction sur les premières pages de wolfwitcher est précieuse à cet égard je pense. D'une manière un peu abrupte il se révolte contre tes assertions sur la réalité "non-consciente" de magic, il dit "non, quand je joue à magic je fais ceci, cela, et pas autre chose", et il a raison je pense de se révolter ainsi. Même si on t'accorde qu'un sort renvoie à de la parole (ce qui est vraiment contestable), ça, c'est sur le papier. Quand on joue, on y pense pas une fraction de seconde. Pour y penser, il faut qu'un universitaire nous tombe sur le coin du nez. On a pas le droit de s'en tirer avec un "c'est symbolique". Pour te donner un exemple, ton argumentaire est sur le plan formel semblable à ce raisonnement :
    -il y a des couleurs dans magic, il y a des couleurs dans la peinture, Magic renvoie symboliquement à l'exercice de la peinture.
    -je joue à Magic je ne pense pas à la peinture.
    -C'est normal c'est symbolique.
     
    Je comprends la réaction de TheWretched qui a l'impression que le parallèle est arbitraire, et qu'il est possible de faire des parallèles avec tout et n'importe quoi. Il ne suffit pas qu'un élément soit partagé par deux réalités pour établir une liaison entre elles. Il y a énormément d'éléments qui sont présents sur une carte Magic, éléments qui sont partagés par d'autres réalités qui n'ont pourtant aucun rapport avec Magic. Le fait qu'il soit question de sorts dans Magic ne renvoie pas nécessairement à du performatif (peut-être seulement au surnaturel ?)tout autant que le pentagramme des couleurs ne renvoie pas nécessairement à une passion pour les arcs en ciels ou la peinture. Si on procède comme toi, il est possible de créer une quantité presque infinie de liens.
     
    Pour conclure, je pense que si l'acte de parole n'est pas quelque chose qui est vécu par le joueur, il va falloir prendre des pincettes pour expliquer en quoi il y a en réalité acte de parole. Bien que toutes les cartes soient des sorts et que les sorts (admettons) renvoient à de la parole il va falloir expliquer en quoi ce parallèle est plus cohérent que celui entre le pentagramme des couleurs et la peinture si personne n'a l'impression d'accomplir un performatif quand il joue à Magic. Je n'invalide pas ta thèse en disant cela, je dis juste que pour soutenir une thèse il faut envisager les thèses opposées, ce que j'ai fait rapidement, et construire sa réflexion au creux de cette opposition.
  12. schtroumpf34 Mardi 27 Octobre 2015 à 17:12
    Si les teletubbies commentaient heidegger ca pourrait ressembler à ca a mon avis
  13. schtroumpf34 Mardi 27 Octobre 2015 à 17:11
    mais pour l'expression ca ressemble plus au type philosophe incomprehensible que universitaire
  14. schtroumpf34 Mardi 27 Octobre 2015 à 17:03
    je savais bien qu'on nous cachait des choses !! 
  15. chercheur Lundi 26 Octobre 2015 à 22:21
    Bon, je viens de me relire... un peu trop tardivement. Et la qualité d'écriture s'en ressent désagréablement. Désolé pour l'écriture catastrophique de nombreux passages, qui deviennent complètement obscurs. L'accumulation du travail en plus du temps pour répondre fait que je me presse un peu trop pour répondre.
    Je suis prêt à reprendre les passages qui posent problèmes dans mes réponses rédigées trop rapidement pour ceux qui le souhaitent.

    Bien à tous,
  16. chercheur Lundi 26 Octobre 2015 à 22:15
    Le 26/10/2015 à 20:17, TheWretched avait écrit ...
    Pour certains, ça ne m'a pas beaucoup aidé, donc j'aimerais bien connaître le sens de :
    - diégétique (inconnu au bataillon), ligne 4 du 1)
    - "Dès lors, ces scénarii constituent autant d?arrière-plans qui orientent le jeu par une tension de type téléologique et ajoutent un surplus de jouissance" -> "Qui repose sur l'idée de finalité" (alors que la phrase avant on a " qui assimile le jeu à un feuilleton sans fin")
    - "Ce rapprochement permet toutefois de considérer l?influence d?un modèle logocentrique qui agit en rémanence, de façon non nécessairement perçue par les joueurs"-> Persistance partielle d'un phénomène après disparition de la cause qui l'a provoqué (je comprends pas la phrase)


    A part ces incompréhensions et mon abhorration pour ce style d'écriture, j'ai vraiment l'impression que tu t'es dit "J'aime bien Magic, et j'ai lu plein de trucs sur le langage, je vais écrire un article qui fait le parallèle entre les deux".
    Impression renforcée par "je vois un parallèle tout à fait signifiant entre pratique martiale et jeu de Magic" et "j'ai fait ma thèse sur les rapports entre poésie et arts martiaux".
    Je pense qu'en cherchant bien, on peut faire des parallèles entre tout et n'importe quoi.
    La majorité de la réflexion sur Magic peut être faite avec beaucoup d'autres jeux de sociéte/vidéo (7 wonders par exemple).
    Je trouve le propos de la 3è partie assez intéressant, cela dit.
     

    Bonsoir TheWretched,

    Merci pour ta franchise et surtout pour l'effort sincère que tu as fait à l'égard de ce travail. "Diégétique" est dérivé de "diégèse", qui est un terme technique en littérature qui désigne le cadre spatio-temporel, la structure d'un récit.

    Je parle effectivement de feuilleton sans fin, parce que Magic est un univers ouvert qui peut, potentiellement, sans cesse réouvrir les récits liés aux éditions (ce qui permet de revenir et d'approfondir des mondes déjà aperçus dans des éditions antérieures). Pour autant, la crise qui dynamise chaque édition ou bloc se clôture bien d'une certaine manière. Un récit cherche à résoudre et à tendre vers une fin : dans l'idée que chaque partie peut, pour certains, correspondre à une mise en récit, l'issue de la partie peut correspondre à une façon de rejouer les ingrédients d'une histoire plus vaste (les phyrexians contre les mirrans par exemple). Chaque édition offre un arrière-plan fictif, donc, en un sens, une tension téléologique (dont le but est la résolution des premiers ingrédients : oh, les Eldrazis sont de retour... flûte !). Pour autant, on se doute bien que Magic n'a pas de raison de s'arrêter au dernier bloc qui revient sur le conflit sur Zendikar...
    J'espère que ce paradoxe te paraît plus clair de cette façon.

    Pour la question de la "rémanence", je partage l'idée que les références religieuses perdent leur pouvoir évocateur parce que le pouvoir de l'institution religieuse est en perte de vitesse depuis un temps conséquent, et on y fait significativement de moins en moins référence. Cela ne veut pas dire que les certaines valeurs ou représentations qui en sont issus ne demeurent pas actifs dans l'imaginaire - typiquement, l'importance à l'égard du livre (même s'il est lui aussi en perte de vitesse), de l'écrit plus généralement. Le logocentrisme a priori fait peu sens comme cela ; mais je trouve qu'il constitue toujours un terme assez efficace pour rendre compte du rapport que de nombreux pays occidentaux peuvent avoir, symboliquement, à l'égard du langage.

    Je vais revenir sur la critique que tu formules ensuite. Je l'ai déjà dit dans un commentaire plus ancien, l'activité d'interprétation repose sur une question de sensibilité. Je conçois que ce travail peut donner l'impression d'un raisonnement pré-construit du type : "oh ce serait cool si je reliais R à W", qui serait une façon de recycler et de ne pas avoir la sensation d'avoir accumulé une série de choses pour pas grand chose.
    En réalité - et là toute la question de la performativité de ma posture est en jeu parce que je te demande de me croire -, ce n'est pas comme cela que ça fonctionne. La part d'intuition, reliée à la sensibilité qui est elle-même, pour une part essentielle, le fruit de ces lectures, est primordiale. Pour le dire autrement, la démarche est profondément sincère ; je ne prends jamais un tel temps de rédaction et de conception d'un article si je n'estime pas que le résultat n'en vaut pas la peine.

    De même qu'à travers l'expression "voir un rapprochement signifiant" : je le vois grâce à une sensibilité liée à un intérêt pour des domaines différents. Et aussi une sensibilité personnelle qui va dans le sens de la construction, du lien, plutôt que dans la volonté de séparer les domaines. Mais comme toute sensibilité, elle est subjective et peut ne pas rencontrer l'adhésion.
    Je te donne raison sur le principe de : "on peut faire des rapprochements entre tout et n'importe quoi". Ce n'est pas une phrase qui me fait peur ; je n'y vois donc pas une critique, comme il me semble tu le sous-entends. C'est d'ailleurs un peu le problème de la folie - évoquée par Chrome - ou de l'hérésie, dans un autre domaine : jusqu'où peut-on aller sans heurter les a priori ? Il n'y a pas de réponse claire à cette question. En revanche, ce qui me paraît pertinent n'est pas la limite qu'on décide de poser, mais sur la partageabilité du rapprochement ou de l'éclairage qu'on propose.
    Par exemple, je ne partage pas le point de vue de Chrome. Entre autres parce qu'il n'y a pas d'argumentation pour l'étayer. La démarche que j'essaie de suivre est une démarche qui tente d'élaborer un cheminement pour, à partir de prémisses, proposer une conclusion qui pourrait faire sens. C'est ça, l'enjeu : l'intersubjectivité ! Est-ce que ma sensibilité est partageable ? Et peut-être pas... et peut-être qu'effectivement tout ceci n'est que du flan.
    Bon je n'en suis pas convaincu, parce que je sais que j'écris avec la plus conviction et honnêteté intérieure. Mais peut-être que 1 an je rirai complètement de ce que j'ai osé affirmer ici.

    Par extension, à la fois je te rejoins : mais oui, on peut faire le même raisonnement pour d'autres jeux. Et en même temps, je ne le crois pas : pour des raisons de nuance. C'est un propos sur le fond valable, mais formulé de la sorte il reste, à mes yeux intenables. Parce que je crois en la singularité des choses, des créations. C'est pas parce qu'on peut distinguer d'un point de vue formel la poésie contemporaine de la poésie classique qu'on peut dupliquer un raisonnement qui fonctionne sur une oeuvre à toutes les autres. Je grossis, mais c'est bien pour cela que chaque jeu a son propre nom. Jusqu'à un certain point, on peut appliquer certains éléments ; mais je considère que différence, même la moindre, est signifiante et exige l'analyse la plus précise qui lui permettra de respecter ce qui en fait sa singularité (même si Magic appartient à toute une famille de jeux qui reposent sur une série de principes partagés).

    A nouveau, c'est aussi une question de sensibilité et d'école...

    En fait, pour m'arrêter là (du moins provisoirement), ce type d'écriture, que tu abhorres - et je peux le comprendre -, est une façon rituelle de se protéger contre le risque du délire interprétatif. Pas complètement : effectivement, c'est vrai, il y a forcément à un endroit ou à un autre une part de délire chez moi - Chrome l'évoque un peu brutalement mais pour une part à juste titre. Mais bon, tout littéraire sait que la théorie la plus objective demeure une mise en récit. Donc, c'est pas absolument efficace, loin de là, mais enfin, ce type d'écriture et de contraintes sur l'écriture (parce que c'est loin d'être gai à rédiger de cette façon-là) permet l'exploration cadrée de rapprochements qui a priori ne vont pas de soi et peuvent, naturellement, faire sourciller. Créer du sens détient toujours une part de risque.
    Mais bon, je sais que c'est une critique légitime, surtout avec la frilosité actuelle qui touche au fait de faire droit à la subjectivité.

    Je me sens un peu plus sur la défensive là... J'ignore si toutes mes réponses font sens. Mais j'espère que ma démarche apparaît ainsi un peu plus clairement.

    Bien à toi,
  17. TheWretched Lundi 26 Octobre 2015 à 20:17
    Étant parfois un peu inculte, je suis allé chercher certains mots sur des dictionnaires en ligne pour connaitre leur signification (les 3 premiers dans google)

    Pour certains, ça ne m'a pas beaucoup aidé, donc j'aimerais bien connaître le sens de :
    - diégétique (inconnu au bataillon), ligne 4 du 1)
    - "Dès lors, ces scénarii constituent autant d?arrière-plans qui orientent le jeu par une tension de type téléologique et ajoutent un surplus de jouissance" -> "Qui repose sur l'idée de finalité" (alors que la phrase avant on a " qui assimile le jeu à un feuilleton sans fin")
    - "Ce rapprochement permet toutefois de considérer l?influence d?un modèle logocentrique qui agit en rémanence, de façon non nécessairement perçue par les joueurs"-> Persistance partielle d'un phénomène après disparition de la cause qui l'a provoqué (je comprends pas la phrase)


    A part ces incompréhensions et mon abhorration pour ce style d'écriture, j'ai vraiment l'impression que tu t'es dit "J'aime bien Magic, et j'ai lu plein de trucs sur le langage, je vais écrire un article qui fait le parallèle entre les deux".
    Impression renforcée par "je vois un parallèle tout à fait signifiant entre pratique martiale et jeu de Magic" et "j'ai fait ma thèse sur les rapports entre poésie et arts martiaux".
    Je pense qu'en cherchant bien, on peut faire des parallèles entre tout et n'importe quoi.
    La majorité de la réflexion sur Magic peut être faite avec beaucoup d'autres jeux de sociéte/vidéo (7 wonders par exemple).
    Je trouve le propos de la 3è partie assez intéressant, cela dit.
     
  18. moudou Lundi 26 Octobre 2015 à 20:07
    Le 26/10/2015 à 19:28, chrome avait écrit ...
    Le 26/10/2015 à 17:50, chercheur avait écrit ...
    Le 26/10/2015 à 17:21, chrome avait écrit ...
    En tant que carabin je propose mon diagnostic : aphasie de wernincke


    Au pays des fous, le sage est celui qui est considéré comme un fou...

    Et au pays des fous, le fou furieux est considéré comme un sage

    On se calme, chrome et chercheur.
    Bien que la discussion n'intéresse pas tout le public de MC, elle était jusque là constructive, merci de continuer.
  19. chrome Lundi 26 Octobre 2015 à 19:28
    Le 26/10/2015 à 17:50, chercheur avait écrit ...
    Le 26/10/2015 à 17:21, chrome avait écrit ...
    En tant que carabin je propose mon diagnostic : aphasie de wernincke


    Au pays des fous, le sage est celui qui est considéré comme un fou...

    Et au pays des fous, le fou furieux est considéré comme un sage
  20. chercheur Lundi 26 Octobre 2015 à 18:37
    Le 26/10/2015 à 17:37, Palefang avait écrit ...
    Dans sa forme plus casual, un deck de Magic est issu de l'imagination de son possesseur, parfois limitée par les cartes qu'il possède. Peut on alors parler d'une langue propre au joueur (ou tout du moins d'un vocabulaire), qui lui permet de se définir dans cet univers de fiction et in fine, à travers les parallèles que tu soulève (Multivers/Réalité ; Sorts/Cartes ; Stratégie/Psychologie(?) ...) de s'inscrire dans la réalité ?

    Je ne suis pas sûr de bien te suivre dans le lien que tu fais entre parler une "langue" propre qui serait un deck personnel et s'inscrire dans la réalité... Je ne pense pas que Magic a pour but de s'inscrire dans la réalité, mais constitue plus précisément une manière de négocier la façon de subir/agir sur la réalité. Je joue peut-être sur les mots à cet endroit, mais j'y vois une nuance fondamentale.
    Par contre, je te rejoins complètement à l'égard de ce parallèle entre construction d'un deck personnel et élaboration d'un langage personnel - ce qu'on appelle en linguistique la constitution d'un idiolecte. Tout le monde se réapproprie affectivement le langage - même si ce sont les écrivains/auteurs qui ont tendance à se faire les porte-parole des transgressions langagières/créations poétiques qui ne cessent de dynamiser le langage et de le rendre vivant.

    Cela posé, les recherches actuelles en littérature (en particulier les recherches de la personne que j'appelle encore mon "maître" en littérature) posent que l'efficacité langagière repose sur la ritualité : le fait de partager des codes à l'intérieur d'une communauté sociale et affective. Cette perspective littéraire se retrouve dans ce que tu décris ici :
    Le 26/10/2015 à 17:37, Palefang avait écrit ...
    Dans sa forme compétitive, Magic se résume parfois à quelques types de decks (appelés tiers) repris par la grande majorité des joueurs. Si Magic représente effectivement une façon de s'exprimer, ne peut on y voir deux niveaux ? Dans le cas précédent, les joueurs créent leur propre langage, qu'ils se font découvrir les uns aux autres. Ici, ils doivent choisir une des langues communes parlées (un deck tiers) et ne se différencient que dans leur manière de la parler (leur façon de jouer ; comme un breton aurait quelques expressions qu'un lyonnais ne comprendrait pas).
    Ces decks tiers étant fréquemment rencontrés, leurs langages sont compris même par les joueurs ne jouant pas le même deck.

    Au delà de l'aspect stratégique, pourquoi jouer l'un de ces decks ? Est ce que cela pourrait être par motivation de parler la même langue que les autres joueurs et d'être instantanément compris d'eux, dès le début de la joute verbale ?
    Cela permettrait il de s'insérer dans une communauté plus facilement ? Dire : "je joue Tron" fera sens pour la plupart des joueurs de Modern. A l'inverse, dire "je joue DCB*" qui est un deck développé par quelques obscurs joueurs inconnus du grand public ne fait pas sens du tout. Et il faudrait plus d'explications pour réussir à cerner ce joueur qui pourrait être qualifié de marginal. (Parce que ne rentrant pas dans les cases conçues.)

    La recherche d'efficacité repose à mon sens sur différentes motivations : tout le monde n'a pas les mêmes manques ou les mêmes désirs dans la rencontre avec autrui. C'est déjà une forme d'efficacité, on va dire "sociale", d'être reconnu dans sa capacité à maîtriser tel ou tel type de langage. Typiquement, la formulation universitaire que j'emploie est le fruit d'une initiation. Je retrouve le même type de qualification quand on dit avec respect : tel joueur "pilote" tel deck, au sens où il le maîtrise (tous les decks n'ont pas le même type de complexité). Et le domaine dans lequel on évalue fait écho aux couches sociales : on aime bien introduire des jugements de valeur et généralement, être performant dans le domaine professionnel est tout de suite plus valorisé socialement que d'évoluer uniquement dans le domaine purement "casual". Et pour une part cela se tient tout à fait : le domaine pro étant évidemment beaucoup plus exigeant !
    Il peut y avoir aussi le fait que certains joueurs deviennent des modèles et que faire la démarche de comprendre leur façon de concevoir et de "piloter" un deck est une façon de s'approcher d'une figure de "maître", quitte dans son propre cheminement à s'en détacher progressivement (la question du "shu-ha-ri" dans les arts martiaux un peu, si l'on veut développer...)

    Pour revenir à début de ton idée, et c'est un projet d'articles qui me tente, je vois un parallèle tout à fait signifiant entre pratique martiale et jeu de Magic (à nouveau toute proportion/disproportion gardée, sinon je vais me faire huer !). En particulier, sur le plan de la recherche d'efficacité. Et la recherche d'efficacité - langagière, corporelle ou ludique - réduit tout de suite immensément les possibilités. A moins de se leurrer sur les potentialités de telle ou telle approche très originale, en fait, on retrouve les mêmes éléments dans l'un et l'autre domaine : la capacité d'être le plus rapide, d'avoir l'impact le plus décisif à chaque geste posé, d'être capable d'encaisser ou d'esquiver ou anticiper les mouvements de l'autre, etc. Il n'y a pas beaucoup de critères et pas beaucoup de façons pragmatique d'y parvenir - donc, cela explique que, si les mêmes principes peuvent être déployés de façons différentes, le nombre d'écoles vraiment efficaces soient assez limitées (bien sûr, dans le domaine de la compétition, cela dépend des restrictions que l'on pose en plus...).
    Le 26/10/2015 à 17:37, Palefang avait écrit ...
    Ensuite, il faut bien sur croiser cela avec l'aspect performance. Le seul critère dans l'univers compétitif pour la performance, c'est les résultats : la puissance du deck si l'on peut dire. Je me permets alors une métaphore assez maladroite avec un Darwinisme du langage.
    Dans ce jeu, le joueur adverse est une némésis à abattre : il représente les limites de nos capacités. Un langage puissant serait équivalent à la capacité de dépasser cette limite. Lorsque chuchoter "je veux" ne suffit plus, alors hurler "j'exige" permet d'avoir plus de chances de remporter cette joute verbale. Les joueurs vont délaisser un langage faible, qui ne peut réaliser ce qu'il promet pour un langage plus fort. La sélection des decks joués se fait certainement ainsi : les faibles disparaissent, les forts dominent. Les langages faibles disparaissent au profit de ceux ayant plus de chance d'être performatifs.

    Pour aller dans ton sens : la performativité du langage devient non plus un acquis, mais un privilège possible seulement à quelques langues utilisant un certain type de vocabulaire. (Je parle de l'accomplissement du langage.)
    Dans l'univers compétitif, certains mots (sorts/cartes) sont raillés parce que sous performants et donc non performatifs dans trop de situations. Il y a donc une sélection quelque peu darwinienne au niveau du vocabulaire, qui façonne les différentes langues utilisées.

    Je vois ce que tu veux dire par "darwinisme". A la fois je suis d'accord, et à la fois j'y vois une restriction que soulève "Super" dans son commentaire : à savoir que l'échange verbal qui accompagne la partie joue un rôle décisif également. C'est en tout cas pour moi un élément décisif, parce que le langage va pouvoir faire contrepoids à la réalité des résultats d'un deck. C'est d'ailleurs (je continue allègrement mon parallèle...) ce qu'on retrouve dans les arts martiaux : quand les adeptes ne sont pas capables de faire fonctionner leurs techniques, généralement ils se dissimulent derrière un discours qui met en balance des valeurs (l'harmonie, la spiritualité) pour compenser la faiblesse technique. 
    Qu'on soit d'accord : il n'y a aucun jugement de ma part ! Je considère la quête de spiritualité comme étant tout à fait honorable, et même bien plus enrichissante que la recherche d'efficacité pure - tout en reconnaissant la puissance initiatique de la compétition. Quand je lis les commentaires détaillés des vétérans de ce site, ce que je vois ce n'est pas tant une objectivité absolue qu'une sensibilité qui s'affine à chaque rencontre et qui ne cesse de s'approfondir à mesure que leur cheminement est celui de la remise en question permanente.
    Mais du coup, dans cette optique, l'intrusion (le mot est sans doute pas complètement approprié, mais j'essaie d'avancer...) de valeurs extérieures au jeu (le problème de l'économie que pose la possibilité d'acquérir des cartes puissantes, donc coûteuses ; le plaisir du casual comme supérieur au plaisir de compétition, etc.) constituent des façons de contrebalancer ou de compenser les difficultés qu'on peut avoir - pour de multiples raisons - à se hisser au degré d'efficacité des joueurs les plus aguerris.

    Du coup, je dirais que s'il y a un darwinisme propre à la compétition, le langage détient aussi le pouvoir d'exercer une forme de contrôle à l'égard des possibilités du jeu : "si tu veux jouer avec moi, alors ça, ça, ça et ça ne sont pas admis et on fait comme ça et ça...". Je ne sais pas si c'est très clair...
    Le 26/10/2015 à 17:37, Palefang avait écrit ...
    Par ailleurs, pourquoi adhérer à un deck tiers plutôt qu'un autre (à compétitivité égale) ? Est ce qu'on ne se retrouve pas un peu dans le cas précédent du joueur casual : quitte à parler un langage compris par tout le monde, autant être à l'aise avec ce langage et choisir le vocabulaire qui nous est le plus familier, celui avec lequel on arrivera le mieux à s'exprimer.
    Finalement, quels avantages y a t'il a utiliser un langage (un deck ?) que l'adversaire ne parle pas ?
    Personnellement, il me semble que faire exister ces mots de vocabulaire inconnus et de créer un langage de toute pièce, puis de faire vivre ce langage en luttant avec contre un adversaire qui a suivi la logique darwinienne de Magic permet de lutter (métaphoriquement) contre les usages et carcans de la société.

    Merci pour cette question qui me parle beaucoup... mais que je ne pourrais que développer succinctement (surtout après la tartine que je viens de pondre). Mais la question de la "psychographie" qui a été évoqué précédemment est une facteur clef. Typiquement, les grandes catégories (aggro, contrôle, combo) me semble renvoyer, mais il faudrait creuser, aux grandes réponses fondamentales des individus quand ils sont agressés, et que l'on retrouve également dans les grandes typologies d'écritures de l'imaginaire que développe Jean Burgos : soit un rapport d'agressivité, d'héroïsme ; soit un rapport de fuite ; soit un rapport plus fin où on se sert des armes de l'adversaire pour les retourner contre lui. Je vais un peu vite, mais les choix de decks renvoient à une sensibilité qui peut puiser ses racines à différents endroits : dans notre personnalité (le rapport à la confrontation), mais aussi dans le rapport au temps, la façon dont on aime réagir avec un adversaire... et aussi dans l'envie qu'on peut avoir d'explorer de façon exhaustive le jeu !
    Il y a bien sûr le langage, mais il y a aussi bien sûr tout le background de sensibilité qui précède notre rapport au jeu et nous conduit vers tel ou tel façon de construire...

    En ce qui concerne les avantages d'utiliser un deck complètement original a à voir avec tous ces éléments. La volonté/désir de s'affirmer, de se démarquer... d'inventer du possible, finalement, comme je le suggère dans ce travail, pour éviter les formes préfigurées (efficientes certes !) qui peuvent donner la sensation d'un carcan alors même que Magic se présente comme un monde où tout est possible. La possibilité de surprendre ou de gagner, non pas techniquement, mais dans une compétition de collection qui existe parfois chez certains joueurs (même si c'est rare...). Ce que tu évoques toi-même avec justesse - je dois rendre à César ce qui lui appartient !
    J'aurais tendance à associer ce type de joueur à un poète : il fait vivre les possibles de la langue "Magic" en explorant des façons différentes de concevoir le jeu. Tout en respectant les règles, pour conserver le plaisir de créer de la liberté avec de la contrainte ! (-;

    Voilà. J'espère que c'est plus clair qu'obscur. Si des questions persistent, n'hésite pas bien sûr à m'en faire part. Et merci de l'attention portée à ce travail !

    Bien amicalement,
  21. chercheur Lundi 26 Octobre 2015 à 17:52
    Bonjour Palefang,

    Hé bien, tout d'abord merci pour ce message dynamisant et pour toutes ces réflexions. Je ne suis pas sûr de tout comprendre, mais intuitivement, avant de développer plus avant ma réponse, je ne pense pas du tout que tu sois à côté de la plaque du tout. Au contraire !
     
  22. chercheur Lundi 26 Octobre 2015 à 17:50
    Le 26/10/2015 à 17:21, chrome avait écrit ...
    En tant que carabin je propose mon diagnostic : aphasie de wernincke


    Au pays des fous, le sage est celui qui est considéré comme un fou...
  23. Palefang Lundi 26 Octobre 2015 à 17:37
    Bonjour Chercheur.

    Déjà, merci pour cet article et la discussion qui s'ensuit. Moi qui ait toujours plaidé pour des travaux rigoureux et justifiés, je ne peux que m'incliner devant ton papier... cependant, ne maîtrisant pas le langage sociologique et philosophique aussi bien que les lecteurs de la revue à laquelle il était destiné en premier lieu, j'ai du mal à le critiquer puisque je ne peux pas prétendre comprendre l'ensemble de ta pensée.

    D'ailleurs, je te remercie de participer aussi activement à cette discussion : tes commentaires m'ont permis de mieux comprendre ton point de vue.

    Pour en finir avec mon avis sur la forme, je pense que l'ensemble de l'article n'est pas à réécrire (ce que de toute façon tu ne semble pas enclin à faire pour le moment), mais peut être qu'un lexique de l'ensemble des termes techniques et des théories auxquelles tu fait référence permettraient une meilleure compréhension -et serait intéressant "pour la culture"-. Cela permettrait de vulgariser le propos (ce dont la plupart des lecteurs de ce site ont besoin et dans lesquels je m'inclue), sans sacrifier à la rigueur d'un texte universitaire.

    En ce concerne le fond, je trouve que prendre du recul sur Magic et les raisons de l'attrait que l'univers et le jeu sucitent fait une bouffée d'air frais au milieu des articles sur le background, les sorties de cartes (l'expansion de cet univers) et les courses à la performance.

    Je vais peut être ressasser une idée qui a déjà évoquée. Et désolé, mes propos ne seront pas aussi précis que les tiens. Ah, désolé aussi, j'ai une forte tendance à diverger... En tout cas, reprends moi si je me trompe.
    Dans sa forme plus casual, un deck de Magic est issu de l'imagination de son possesseur, parfois limitée par les cartes qu'il possède. Peut on alors parler d'une langue propre au joueur (ou tout du moins d'un vocabulaire), qui lui permet de se définir dans cet univers de fiction et in fine, à travers les parallèles que tu soulève (Multivers/Réalité ; Sorts/Cartes ; Stratégie/Psychologie(?) ...) de s'inscrire dans la réalité ?

    Dans sa forme compétitive, Magic se résume parfois à quelques types de decks (appelés tiers) repris par la grande majorité des joueurs. Si Magic représente effectivement une façon de s'exprimer, ne peut on y voir deux niveaux ? Dans le cas précédent, les joueurs créent leur propre langage, qu'ils se font découvrir les uns aux autres. Ici, ils doivent choisir une des langues communes parlées (un deck tiers) et ne se différencient que dans leur manière de la parler (leur façon de jouer ; comme un breton aurait quelques expressions qu'un lyonnais ne comprendrait pas).
    Ces decks tiers étant fréquemment rencontrés, leurs langages sont compris même par les joueurs ne jouant pas le même deck.

    Au delà de l'aspect stratégique, pourquoi jouer l'un de ces decks ? Est ce que cela pourrait être par motivation de parler la même langue que les autres joueurs et d'être instantanément compris d'eux, dès le début de la joute verbale ?
    Cela permettrait il de s'insérer dans une communauté plus facilement ? Dire : "je joue Tron" fera sens pour la plupart des joueurs de Modern. A l'inverse, dire "je joue DCB*" qui est un deck développé par quelques obscurs joueurs inconnus du grand public ne fait pas sens du tout. Et il faudrait plus d'explications pour réussir à cerner ce joueur qui pourrait être qualifié de marginal. (Parce que ne rentrant pas dans les cases conçues.)

    Par ailleurs, pourquoi adhérer à un deck tiers plutôt qu'un autre (à compétitivité égale) ? Est ce qu'on ne se retrouve pas un peu dans le cas précédent du joueur casual : quitte à parler un langage compris par tout le monde, autant être à l'aise avec ce langage et choisir le vocabulaire qui nous est le plus familier, celui avec lequel on arrivera le mieux à s'exprimer.

    Ensuite, il faut bien sur croiser cela avec l'aspect performance. Le seul critère dans l'univers compétitif pour la performance, c'est les résultats : la puissance du deck si l'on peut dire. Je me permets alors une métaphore assez maladroite avec un Darwinisme du langage.
    Dans ce jeu, le joueur adverse est une némésis à abattre : il représente les limites de nos capacités. Un langage puissant serait équivalent à la capacité de dépasser cette limite. Lorsque chuchoter "je veux" ne suffit plus, alors hurler "j'exige" permet d'avoir plus de chances de remporter cette joute verbale. Les joueurs vont délaisser un langage faible, qui ne peut réaliser ce qu'il promet pour un langage plus fort. La sélection des decks joués se fait certainement ainsi : les faibles disparaissent, les forts dominent. Les langages faibles disparaissent au profit de ceux ayant plus de chance d'être performatifs.

    Pour aller dans ton sens : la performativité du langage devient non plus un acquis, mais un privilège possible seulement à quelques langues utilisant un certain type de vocabulaire. (Je parle de l'accomplissement du langage.)
    Dans l'univers compétitif, certains mots (sorts/cartes) sont raillés parce que sous performants et donc non performatifs dans trop de situations. Il y a donc une sélection quelque peu darwinienne au niveau du vocabulaire, qui façonne les différentes langues utilisées.

    Finalement, quels avantages y a t'il a utiliser un langage (un deck ?) que l'adversaire ne parle pas ?
    Personnellement, il me semble que faire exister ces mots de vocabulaire inconnus et de créer un langage de toute pièce, puis de faire vivre ce langage en luttant avec contre un adversaire qui a suivi la logique darwinienne de Magic permet de lutter (métaphoriquement) contre les usages et carcans de la société.

    ...
    Et à ce moment la, je ne sais plus ce que je voulais dire à la base... 

    Mais bon, tout ça pour dire que j'aime bien construire mes propres decks 
    Et euh... j'ai vachement dérivé... Désolé  Je suis tout à fait à coté de la plaque ou...?


    [ * Il y a une publicité cachée quelque part dans cette article... saurez vous la trouver ? :p ]
  24. chrome Lundi 26 Octobre 2015 à 17:21
    En tant que carabin je propose mon diagnostic : aphasie de wernincke
  25. chercheur Lundi 26 Octobre 2015 à 16:12
    Le 26/10/2015 à 14:26, super avait écrit ...
    Concernant la question du langage, je pense qu'il aurait été intéressant de noter que, comme le jeu repose en grande partie sur la manipulation d'objets abstraits (effets, capacités, pile, priorité, phases et étapes de jeu...), la communication entre les joueurs est primordiale. En comparaison, il y a assez peu d'objets abstraits aux échecs: en plus de la configuration de l'échiquier, il y a un minimum d'informations à connaître sur l'historique de la partie (roque, nulle par 50 coups, nulle par répétition de la même position) ou sur le déroulement futur de la partie (mat, interdiction de se mettre en échec) pour pouvoir jouer de manière licite (je ne parle pas de gagner).
    A Magic, tout le déroulement du jeu repose sur la communication entre les joueurs: indiquer en quelle phase on se trouve, si on laisse un sort se résoudre ou si on joue quelque chose en réponse, si on attaque, qu'on termine son tour...
    De plus, les objets (au sens des règles du jeu, c'est-à-dire les capacités sur la pile, les copies de sorts pour ce qui n'a pas de représentation physique) abstraits et les effets continus me semblent plus correspondre à "une énonciation de type oral, qui a vocation à disparaître une fois formulée" que les éphémères et rituels, qui vont au cimetière après leur résolution (et ne cessent donc pas d'exister).


    Merci pour toutes ces remarques ! C'est vrai que c'est quelque chose que je n'ai pas particulièrement considéré, la nécessité d'un échange verbal pour avancer dans une partie à Magic, mais c'est une perspective qui donne de l'eau à mon moulin.

    Je me suis posé cette question de savoir si l'aspect verbal ne correspondait pas mieux effectivement aux objets abstraits et effets continus. Mais c'est une idée que j'ai rejetée - même si c'est une perspective qui peut peut-être se tenir (je suis dubitatif, je vais donc avoir du mal à la défendre véritablement). En premier lieu, dans la perspective que j'ai choisie de comparer les différents types de cartes aux fonctions du langage, cela rend alors complètement obscur le rôle que peuvent alors jouer les sorts temporaires (rituels et éphémères). Et puis j'ai connu Magic avec l'édition Mirage, et à l'époque certaines éphémères étaient désignées comme des "interruptions", et c'est un terme qui fait écho, de façon voulue ou non, à l'échange oral. Parce que des mots "écrits" qui s'effacent aussitôt, c'est pas évident à imaginer.
    Cela dit, c'est typiquement à cet endroit que la démonstration que je tente d'opérer à des limites évidentes, et je le souligne à la fin d'une partie : ça n'a pas de sens de vouloir forcer absolument la comparaison. Ca marche dans une certaine mesure, et c'est ça que je trouve intéressant. Mais il est naturel de s'en méfier et de n'y accorder qu'un crédit limité.

    Il y aussi le fait que certains éléments permanents peuvent produire des effets continus ou des effets qui se déclenchent à certaines conditions. Ca ne tient pas trop l'idée, de mon point de vue, d'une frontière entre oral et écrit comme les sorts permanents ou temporaires. J'associe donc plutôt les objets abstraits et effets continus que tu évoques au pouvoir même du langage de produire quelque chose (ce qu'on appelle la dimension illocutoire du langage) qui correspond au fait de faire quelque chose en énonçant. Et cette dimension illocutoire est complètement intangible, même si elle provient des formes concrètes, locutoires, du langage, qu'il soit écrit ou parlé.

    Bon, c'est une perspective à recevoir toute proportion gardée. Je suis pour le moment plus en accord avec cette perspective-là, mais je conçois tout à fait qu'on peut formuler ce principe différemment, en attribuant les différents éléments du langage sous d'autres angles. Merci en tout cas pour ce partage !

    Bien amicalement,
  26. super Lundi 26 Octobre 2015 à 14:26
    Concernant la question du langage, je pense qu'il aurait été intéressant de noter que, comme le jeu repose en grande partie sur la manipulation d'objets abstraits (effets, capacités, pile, priorité, phases et étapes de jeu...), la communication entre les joueurs est primordiale. En comparaison, il y a assez peu d'objets abstraits aux échecs: en plus de la configuration de l'échiquier, il y a un minimum d'informations à connaître sur l'historique de la partie (roque, nulle par 50 coups, nulle par répétition de la même position) ou sur le déroulement futur de la partie (mat, interdiction de se mettre en échec) pour pouvoir jouer de manière licite (je ne parle pas de gagner).
    A Magic, tout le déroulement du jeu repose sur la communication entre les joueurs: indiquer en quelle phase on se trouve, si on laisse un sort se résoudre ou si on joue quelque chose en réponse, si on attaque, qu'on termine son tour...
    De plus, les objets (au sens des règles du jeu, c'est-à-dire les capacités sur la pile, les copies de sorts pour ce qui n'a pas de représentation physique) abstraits et les effets continus me semblent plus correspondre à "une énonciation de type oral, qui a vocation à disparaître une fois formulée" que les éphémères et rituels, qui vont au cimetière après leur résolution (et ne cessent donc pas d'exister).
  27. chercheur Dimanche 25 Octobre 2015 à 21:30
    Le 25/10/2015 à 13:51, el_viking avait écrit ...
    (par contre, quand je pense à certaines parties "d'autiste" que j'ai déjà faite, où mon adversaire bouibouite dans son coin pendant une demi-heure avant de me sortir un combo imparable, j'ai parfois du mal à voir la notion de discussion dans le duel magic!^^)

    Je comprends ta restriction, et c'est une restriction valable. Tout dépend en fait des attentes qu'on porte à l'égard de l'échange. Techniquement, si l'autre bouibouite en face, même en autiste, ça n'a de sens que parce que sa combo a un effet non seulement en soi, mais aussi dans la course avec ton propre jeu. Là, il y a échange, même si chacun suit des rails différents.
    C'est un peu comme recevoir des commentaires du type : "99% des joueurs sont imperméables à ce type d'article, dont moi". A priori, il n'y a aucun échange. Et pourtant, et pour moi c'est la clef même de cet article, dès lors que c'est formulé, même le type qui semble clore tout de suite l'échange en une phrase sortie d'un peu nulle part s'inscrit complètement dans le dialogue. Parce qu'alors je peux répondre, tenter de le provoquer, le contourner, etc.

    L'indifférence, le fait de refuser de jouer ou d'abandonner sans raison une partie : ça c'est le refus véritable de l'échange, l'absence et l'abandon de toute rencontre possible. Et quelle violence ! Parce qu'alors on se trouve à un monde qui risque de ne plus être habité.

    Souvent d'ailleurs la façon que les gens ont de prendre la parole - ou de jouer (à tous les niveaux : pas seulement techniquement mais aussi dans leur comportement : le choix de leurs paroles, leurs gestes, leur regard, leur attitude) - renseigne profondément sur leur rapport au langage, au besoin de s'exprimer, de rencontrer/s'affronter à autrui. Et c'est souvent dans les cas d' "autisme" (pas au sens littéral, hein) qu'on remarque le plus à quel point ce sont des rapports blessés.

    Je regrette si tu n'as pas pu tout comprendre, très sincèrement, mais je te remercie bien chaleureusement de ton investissement ! N'hésite pas à faire signe si tu as des questions particulières.

    Bien amicalement,
  28. el_viking Dimanche 25 Octobre 2015 à 13:51
    Perso j'ai fais l'effort de le lire jusque au bout. J'ai pas tout compris, mais en tout cas c'est une approche intéressante qui m'a offert un point de vue nouveau sur ce jeu. Merci beaucoup!

    (par contre, quand je pense à certaines parties "d'autiste" que j'ai déjà faite, où mon adversaire bouibouite dans son coin pendant une demi-heure avant de me sortir un combo imparable, j'ai parfois du mal à voir la notion de discussion dans le duel magic!^^)

     
  29. el_viking Dimanche 25 Octobre 2015 à 13:51
    Perso j'ai fais l'effort de le lire jusque au bout. J'ai pas tout compris, mais en tout cas c'est une approche intéressante qui m'a offert un point de vue nouveau sur ce jeu. Merci beaucoup!

    (par contre, quand je pense à certaines parties "d'autiste" que j'ai déjà faite, où mon adversaire bouibouite dans son coin pendant une demi-heure avant de me sortir un combo imparable, j'ai parfois du mal à voir la notion de discussion dans le duel magic!^^)

     
  30. SOLRING Dimanche 25 Octobre 2015 à 13:22
    Le 25/10/2015 à 13:22, SOLRING avait écrit ...
    99% des joueurs sont imperméables a ce genre d'article, dont moi.

     
  31. SOLRING Dimanche 25 Octobre 2015 à 13:22
    99% des joeurs sont imperméables a ce genre d'article, dont moi.
  32. molodiets Dimanche 25 Octobre 2015 à 13:04
    j'ai rien compris. Il faut dire que j'ai arrété de lire apres 3 lignes
  33. chercheur Dimanche 25 Octobre 2015 à 08:05
    C'est on ne peut plus sérieux, DrSnap !
  34. DrSnap Samedi 24 Octobre 2015 à 23:24
    Au début j'ai cru à une farce de MC en voyant l'article. Puis en fait, apparemment c'est sérieux. Huh.
  35. chercheur Samedi 24 Octobre 2015 à 23:16
    Le 24/10/2015 à 19:39, Brume-Ondeblois avait écrit ...
    Bref j'ai encore un peu de mal à voir ou la quête de la performativité viens s'inscrire de ce processus mais je pense qu'après ce débat je comprend un peu mieux la logique.

    En fait, cela reprend le même type de raisonnement.
    Tu parles significativement d'une quête d'optimisation de la part des joueurs. A nouveau, on peut considérer un fossé entre la recherche d'efficacité sur le plan stratégique (le fait d'être le plus efficace en tournoi) et le fait d'agir significativement par le langage ; mais j'y vois moins une rupture radicale qu'un rapport symétrique entre l'un et l'autre. Tous les deux renvoient originairement à une quête de puissance similaire, la recherche de la sensation qu'on affecte le monde et autrui efficacement. Parce que, significativement, la quête de puissance dans Magic ne se réalise pas n'importe comment : elle fonctionne selon un mode éminemment relationnel - celui du duel. On ne cherche pas à réaliser une performance contre un instrument ou contre soi (contre un chronomètre, ou en tentant chacun son tour de faire la meilleure performance) ; non, le jeu de Magic est, comme toute discussion ou tout combat, inscrit dans un rapport intersubjectif : l'autre réagit à ce que l'on fait, tout comme l'on réagit à la façon dont l'autre réagit, on peut s'interrompre, se contredire, etc.
    Bien sûr, d'un point de vue formel, extérieur, il y a plein de critères qui invitent à penser que la joute verbale et le duel à Magic sont des choses différentes - et c'est indéniablement vrai. Mais - et pour moi c'est un "mais" décisif -, sur un plan symbolique, on retrouve les mêmes enjeux. Surtout que, d'après moi, je considère que le jeu est sous-tendu par un imaginaire logocentrique, c'est-à-dire qui accorde un primat significatif au pouvoir de la parole (ce qui est un imaginaire culturel ancré dans la culture judéo-chrétienne qui sous-tend la pensée occidentale).

    C'est là où précisément ma subjectivité s'avance, car je considère ces deux éléments comment signifiants, donc potentiellement en relation : l'imaginaire logocentrique véhiculé selon moi par les cartes d'une part, et la façon que l'on a de vouloir rechercher une efficacité ludique maximale d'autre part. Je les considère en relation à partir d'une sensibilité personnelle en ce qui concerne la façon dont les individus considèrent et investissent actuellement leurs actes de langage comme étant quelque chose d'assez éloigné de soi, sans grande prise sur notre existence. Typiquement l'interrogation d'Artar, qui demande l'intérêt d'aller chercher si loin, va dans ce sens. Comme si notre façon de voir, de dire, d'agir ne modifiait ou n'était pas intimement lié avec notre propre vie. Cela illustre ce que j'appelle l'idéologie générale ambiante d'une naturalisation de la vie (en gros le discours, non nécessairement explicite d'ailleurs, selon lequel c'est naturel et pas difficile de vivre). Ce qui a en contrepartie le danger de nous rendre possiblement spectateur de nos propres existences et peut pousser (peut, mais ce n'est bien sûr pas obligé ! ne me faites pas dire ce que je ne dis pas !) à retrouver d'une façon ou d'une autre une forme de prise sur nos existences.

    Parmi les enjeux existentiels qui sous-tendent notre vie, il y a le fait de vivre de façon accomplie son existence, c'est-à-dire dans une forme de plénitude - et pas seulement de se contenter de vivoter. Or, acquérir cette plénitude passe entre autres par une façon de consentir activement à sa propre existence, c'est-à-dire d'éprouver la puissance performative de nos actes comme étant intrinsèquement des actes qui nous font adhérer pleinement à notre condition de vivant. A défaut de pouvoir faire le cheminement intérieur qui nous permet de faire droit à une vulnérabilité essentielle comme condition pour éprouver nos actes comme étant des actes au sens fort du terme, on peut passer par des biais symboliques, généralement les activités ludiques dont la portée symbolique est de réparer ce vide (même si le terme est un peu fort) : le jeu, la compétition, la création artistique, etc.

    C'est un raisonnement qu'on peut appliquer à de nombreuses autres activités, mais Magic est à l'intersection de ces différents éléments en regard des constellations imaginaires qu'il draine, ce qui le rend particulièrement symptomatique à mon sens. D'autant plus que ce qui a motivé ce travail est quand même le constat personnel d'un rapport étroit entre recherche d'efficacité stratégique et volonté de convaincre, parfois de façon violente, les autres, en particulier sur ce site. Combien de fois les avis sur une carte ou une liste de decks sont l'occasion d'une lutte d'ego en fait, où est recherchée, à mon sens, une forme de pouvoir - quel qu'il soit (qu'il soit donné par l'ancienneté, l'expérience, la réflexion, la connaissance d'un métagame).

    Cela dit, je reconnais que c'est quelque chose auquel je suis sensible et que cette perspective peut ne pas faire l'unanimité, loin de là !

    Bon, j'ai encore et malheureusement rédigé un nouveau pavé. J'espère toutefois parvenir à mieux déployer ma pensée et à me rendre plus clair de cette façon. Et j'espère ne pas trop décourager ceux qui ont d'autres questions !
  36. Brume-Ondeblois Samedi 24 Octobre 2015 à 19:39
    Je comprend mieux ou tu veux en venir, mais dans ce cas beaucoup de joueurs ne ferait pas cette séparation de manière consciente. D'autant plus que plus le milieu devient professionnel et l'optimisation des stratégies avance plus les joueurs professionnels peuvent se référer à la connaissance du metagame car sur 250 cartes qui sortent tous les trois mois seule un nombre beaucoup plus réduit sera considérée pour être joué en milieu compétitif.  Bref j'ai encore un peu de mal à voir ou la quête de la performativité viens s'inscrire de ce processus mais je pense qu'après ce débat je comprend un peu mieux la logique.

    Et puis bon au moins j'ai (ré)appris  plein de termes, performativité, phénoménologie, logocentrique pour peu je me croirai revenu en cours de philo de terminale.
  37. chercheur Samedi 24 Octobre 2015 à 18:29
    Le 24/10/2015 à 17:48, Brume-Ondeblois avait écrit ...
    Après je suis parfaitement d'accord que aussi que le fait d'accorder de l'importance à une victoire ou à une forme d'expression liée à l'univers est une forme d'attachement à celui ci, mais j'ai plus l'impression qu'ils sont attaché à l'ensemble de "règles" qui sous tend cet univers plutôt qu'à sa composante de monde imaginaire en lui même.

    Et c'est peut être là ou je trouve que ton idée va trop loin en forçant le rapprochement entre cet attachement entre un système plutôt stérile  et malléable de lois qu'on peut appliquer facilement à d'autre types de jeu ( quelqu'un plus bas à cité leagues of legends c'est un bon exemple) et qu'on apprécie quand on arrive à la maîtriser, ou à le plier à notre bon vouloir. Alors que l'attachement des autres est plutôt lié au fait qu'ils ont trouvé dans cet univers, quelques chose qui leur correspond de manière profonde en terme de narration, de types de fictions ou autres. ( j'aime beaucoup par  exemple tout cet univers basé sur des mages quasi omnipotent ).

    Je comprends la distinction que tu fais entre attachement à l'univers fictionnel et attachement aux règles. Je la fais aussi, mais considère une porosité signifiante entre l'une et l'autre. Pour ma part, l'un alimente l'autre tout particulièrement dans Magic (je ne connais pas Leagues of Legends et donc ne me risquerais pas sur ce terrain) : l'accointance entre son arrière-plan fictionnel et les règles "stériles et malléables" est trop évidente à mes yeux. En tout cas, sur le plan des imaginaires, il me paraît vraiment difficile de les différencier radicalement... les analogies entre la structure des règles qui ne cessent de fonctionner par additions de cas particuliers qui contredisent les lois initiales et l'arrière-plan fictionnel de mages qui distordent les lois du réel pour acquérir plus de puissance sont plutôt troublantes.
    Bien sûr, le plaisir logique peut prendre le pas et reléguer à l'arrière-plan la dimension ludique du jeu au profit d'une quête d'efficacité purement stratégique. Mais j'y vois moins une rupture qu'un déplacement axiologique.

    Je vais essayer de formuler cela autrement. On peut penser que jouer une partie professionnelle n'a rien à voir avec la construction d'un récit. Et pourtant... chaque carte posée devient l'indice qui nous permet - et là je grossis peut-être le trait - de construire un raisonnement, un récit au sens large, qui nous permet d'anticiper sur le type de jeu, le tempérament de l'adversaire, et sur sa façon de jouer - toute proportion (ou disproportion...) gardée. Toute partie engage une "lecture" du jeu de l'autre - à des niveaux assez subtils, puisque l'on peut feindre des façons de jouer pour induire l'autre en erreur. 
    Sans doute, on parle de probabilités inscrites dans des objectifs de victoire, mais je partage l'idée que le chasseur est le premier lecteur (donc faiseur de récit) de l'histoire : une empreinte (une carte dans le cas d'une parte de Magic) induit un récit potentiel pour traquer (anticiper les mouvements de l'autre) sa proie. Certes, c'est différent de lire la trace d'un animal que lire un livre... mais je me range parmi les personnes qui voient dans ces actes d'interprétation différents la mise en ?uvre de qualités cognitives similaires.
    Du coup, jouer une partie pour le plaisir d'immersion dans l'univers du jeu (puisque dans ce cas, tout dans le jeu est signifiant à cet égard : le rapport aux illustrations, aux citations, aux références d'arrière-plans fictionnels) et jouer une partie dans une optique compétitive s'avèrent certes deux façons différentes de concevoir Magic, mais pas deux façons de nature radicalement incompatible : je vois à l??uvre les mêmes processus d'immersion dans l'imaginaire du jeu. Simplement, certains éléments sont relégués au profit d'autres pour de nombreuses raisons, qui sont en fait de nature elles-mêmes imaginaires. Les valeurs qui disent que la compétitions sont plus valables ou plus fiables ou plus attirantes ou plus sérieuses que les parties pour le "fun" ne dépendent que des imaginaires qui traversent notre temps. Toute la difficulté est là : l'objectivité invoquée pour évaluer telle ou telle situation est elle-même l'expression de valeurs imaginaires. C'est une façon de dire que tous nos choix et nos actes sont en fait... irrémédiablement humains ! (au sens le plus noble du terme)

    Cela dit, je concède vouloir aller peut-être un peu loin dans cette direction... J'ai une tendance à considérer les liens et les voies de communications plutôt que les frontières et les séparations.
    Je te réponds ainsi pour le moment, en toute honnêteté, mais je retiens bien tes idées et vais me laisser travailler par elles.

    Merci de me donner la possibilité d'approfondir cet échange !
     
  38. Brume-Ondeblois Samedi 24 Octobre 2015 à 17:48
    Elle les renforce et les apaise à la fois, c'est pour moi une preuve que la discussion est intéressante. Je suis parfaitement d'accord avec ta théorie de pluralité  de soi qui concorde ( à moins que je ne me trompe ) avec une citation grand public qui exprime bien mon ressenti et ma compréhension ( et ses limites )du sujet. C'est tiré de la saga de  l'auteur G.r.r.M  le trône de fer ( a song of ice and fire en Vo ) ou mieux connu sous sa forme de série ( pourtant largement inférieure en qualité ) : Game of throne.

    "A reader lives a thousand lives before he dies.[...] The man who never reads lives only one".

    Après je suis parfaitement d'accord que aussi que le fait d'accorder de l'importance à une victoire ou à une forme d'expression liée à l'univers est une forme d'attachement à celui ci, mais j'ai plus l'impression qu'ils sont attaché à l'ensemble de "règles" qui sous tend cet univers plutôt qu'à sa composante de monde imaginaire en lui même.

    Et c'est peut être là ou je trouve que ton idée va trop loin en forçant le rapprochement entre cet attachement entre un système plutôt stérile  et malléable de lois qu'on peut appliquer facilement à d'autre types de jeu ( quelqu'un plus bas à cité leagues of legends c'est un bon exemple) et qu'on apprécie quand on arrive à la maîtriser, ou à le plier à notre bon vouloir. Alors que l'attachement des autres est plutôt lié au fait qu'ils ont trouvé dans cet univers, quelques chose qui leur correspond de manière profonde en terme de narration, de types de fictions ou autres. ( j'aime beaucoup par  exemple tout cet univers basé sur des mages quasi omnipotent ).

    Après j'avoue totalement mon ignorance concernant les sujets de l'inconscient et de la maîtrise de notre inconscience, j'ai étudié dans les sciences environnementales  ( je finis mon diplôme d'ingé cette année ) et les rares thématiques philosophiques sur lesquels j'ai eu la chance de travailler étaient plus du domaine de l'épistémologie que de l'étude du psyché humain.

    Du coup je dirai que je suis plutôt d'accord avec toi sur le fond, mais je peux aussi parfaitement comprendre qu'on ne s'accorde pas avec ce que tu dis  parce qu'on a un ressenti différent de son expérience de jeu et sans doute parce que tout le monde n'a pas forcément pleinement conscience ( moi inclus ) de toutes l'acceptation tacite que peux impliquer le fait de jouer ( à la manière d'un "il était une fois" au cinéma qui impose tacitement au spectateur le fait qu'une action va se dérouler dans un univers dont les règles ne sont pas les nôtres. )

    Et pas de soucis pour les fautes, je pense que tu es loin d'être le seul ici à souffrir de ce léger soucis.
  39. chercheur Samedi 24 Octobre 2015 à 17:07
    Diable, je tape un peu trop vite mes réponses, emporté par le feu de vouloir répondre, et je fais plein de fautes de frappes ! Désolé pour les multiples erreurs qui se glissent fourbement dans mes réponses !
     
  40. chercheur Samedi 24 Octobre 2015 à 16:59
    Le 24/10/2015 à 16:20, Brume-Ondeblois avait écrit ...
    Les trois autres un peu moins :

    Les spikes : sont attiré par le fait de "gagner" de se prouver quelques chose en jouant, ils voient à mon sens plus le jeu comme un ensemble de coup stratégique qu'il faut peaufiner ou comme un ensemble de règle "un système" qu'il faut comprendre pour le dominer. En ce sens ils sont souvent peu intéressé par le lore et par la symbolique du jeu en elle même ( et c'est fou le nombre de prop player qui se gourrent en parlant de cartes d'ailleurs haha ).

    Même constat pour les Johnny/Janny qui sont là pour exprimer leur créativité en recombinant l'ensemble des règles de magic pour créer des édifices d'inventivité, là encore l'aspect mythologique, historique ou fuite de la réalité ne leur importe pas ou peu ils voient plutôt le jeu tout comme les spikes commes un ensemble de règles avant d'y voir un univers.

    Les melvin eux sont attiré plus par le game design, la concordance entre les cartes et les règles une sorte d'équilibre entre ce que la carte semble dire et ce qu'elle fait.

    Tout d'abord, merci pour le temps que tu as passé à décortiquer ce travail et pour ces réflexions. Je ne reviendrai pas sur la question de la lisibilité et de l'accessibilité de ce texte - moult avis ont déjà été énoncés à ce propos et c'est déjà bien suffisant.
    En revanche, je me permets de rebondir sur les restrictions que tu soumets à propos de la pertinence de mon propos. Je respecte ton point de vue, mais ne le partage pas - ce que je me permets de développer ici.

    Typiquement, les catégories que tu énonces comme étant non ciblées par mon propos me paraissent, au contraire, se trouver pleinement concernées par mon analyse, à des degrés différents. Tout d'abord, les "spikes" que tu évoques sont en réalité complètement pris et imprégné dans la symbolique du jeu, dès lors que gagner constitue un enjeu clef de leur principe de plaisir à l'égard de Magic. Si Magic, typiquement, n'était qu'un jeu sans valeur symbolique, gagner n'aurait alors pas tant de valeur que cela. Le fait de se prouver quelque chose, à travers ce jeu, illustre exactement ce que je développe à propos de la recherche de puissance - de performativité - que je tente de décrire dans cet article. Si effectivement, l'aspect ludique, fictionnel, apparaît secondaire, ils sont en réalité complètement pris dans le symbolique. Je fonde cette réflexion à partir de mes analyses sur les arts martiaux (j'ai fait ma thèse sur les rapports entre poésie et arts martiaux) : en aucun cas il n'est question de vie ou de mort dans Magic, sauf au sens symbolique du terme (on ne vient jamais arracher les yeux ou la gorge de quelqu'un, l'étouffer contre un rocher ou lui ouvrir les entrailles... seulement affecter un "soi" imaginaire par le biais d'éléments en cartons dont on estime la puissance à partir du texte élaboré dessus). C'est donc bien d'une puissance qui n'a pas à s'exercer réellement ici, donc de victoire absolument relative ici par rapport à la réalité d'un duel (et on peut penser ne fût-ce qu'aux traditions en France juste avant la Seconde Guerre mondiale de se provoquer en duel à mort pour des questions d'honneur... ce dont est franchement loin ici...).

    Plus encore pour les "Johnny" que tu évoques ensuite. Ce que je décris à propos de l'intérêt symbolique des combo s'appliquent complètement à eux. Ok, l'aspect fictionnel "factuel" peut leur paraît secondaire, mais le plaisir qu'ils éprouvent dans leur créativité, que tu remarques, est bien d'ordre symbolique : elle est complètement impliquée par une adhésion à des règles qui constituent, dans les faits, et en dépit de tout détachement d'ordre stratégique, une adhésion de type imaginaire à un univers qui n'est pas la réalité. Il n'y a aucune "combo" réelle dans le monde de chair et de sang qui est le nôtre : l'idée même d'infinité est sans cesse contredit par notre finitude ! Cette puissance d'inventivité correspond typiquement à une forme d'évasion imaginaire ! Et encore, soyons clairs, quand je parle d'évasion imaginaire, je parle en réalité non nécessairement d'une fuite dans un univers dissocié de la réalité : je parle de la mise en ?uvre d'un pouvoir que je tente de qualifier depuis des années, qui est un pouvoir de "pluralisation de soi" au sein même de la réalité ! (ce que j'évoque en fin d'article) Il n'y pas de jugements de ma part, simplement le constat que l'individu est capable d'amplifier son existence en étant capable, en plus de vivre la réalité (la matière brute : la pierre, le bois, l'eau, la nourriture, le sexe, sans dimension symbolique) d'explorer et de vivre de façon enrichissante autre chose : l'art, le jeu, le symbolique justement. Le plaisir des Johnny est la preuve même d'un pouvoir de l'imaginaire auquel incite Magic - mais une dimension imaginaire autre que seulement la dimension fictive de la narration. Celle-ci est simplement le terreau qui permet à la jouissance imaginaire de la puissance créative d'associations de cartes de prendre son essor - c'est là où je pense je m'avance de façon exagérée : j'estime qu'il y a un lien, mais c'est peut-être non nécessaire pour postuler l'un et l'autre.

    Quant aux "Melvin", comment comprendre leur attirance pour un équilibre entre "flavor" de l'illustration et puissance pragmatique sans adhérer au minimum à la puissance évocatoire du monde fictif de Magic ?

    Je suis d'accord avec toi qu'il y a une multiplicité de psychographies de joueurs. En fait, je pense même que chaque joueur mobilise, potentiellement simultanément, différentes identités qui entretiennent des rapports différents à la question du jeu - au sens large de fiction. Cela ne m'intéresse pas de dresser le portrait exact du joueur dans lequel se reconnaîtrait le joueur moyen. Ce qui m'intéresse, c'est éclairer les motivations, potentiellement non pleinement conscientes (et fichtre ! Dieu sait à quel point les écrits sur ce qui échappe à notre maîtrise consciente sont édifiants depuis Freud !) qui peuvent se jouer dans le plaisir de jouer à Magic - peu importe le type de joueur. Parce que peu importe le type de joueur que l'on est - Vorthos, Timmy, Spikes ou autre -, je considère que, spécifiquement, la fascination qui peut relier à Magic est signifiante, est un symptôme d'autre chose... La recherche de quelque chose de plus (qu'on se l'avoue ou non, qu'on en soit conscient ou non !).

    J'ignore si cela te parle de cette façon ou si au contraire, cela renforce tes doutes. Merci en tout cas de partager ton point de vue sur cette question assez sensible finalement de l'identité des joueurs !

    Bien à toi,
     
  41. Brume-Ondeblois Samedi 24 Octobre 2015 à 16:20
    Après une bonne nuit de sommeil je me suis donc mis en tête de lire ton article, comme prévu je me suis un peu perdu à cause de la présentation, mais je tenais quand même à faire un retour et je plussoie Leland Palmer dans tout ce qu'il a dit précédemment, oui aux articles de ce genre, mais oui à une ouverture résolument plus grand public, c'est quand même une base dans les études supérieures que de dire qu'une thèse/mémoire aussi complexe soit le sujet doit voir 80% de son contenu accessible au premier venu.

    Je pense que ton article est  très intéressant et hormis les références à des auteurs qui m'évoquent surtout le temps lointain de mes études en CPGE dernier endroit ou j'ai entendu parler de philosophes, que je n'ai pas pu saisir dans leur entièreté je suis plutôt d'accord avec ton propos.

    Mais je peux tout à fait comprendre aussi qu'on y adhère pas.
    L'erreur de cet article est à mon sens  de ne considérer le joueur de magic que sous un angle alors que nous jouons tous pour différentes raisons.

    Les développeurs de chez Wizzards ( notamment Mark Rosewater le lead designer actuel ) l'ont bien compris et ne parlent jamais d'un seul type de joueur mais bien de différente psychographies qui vont plus ou moins bien s'identifier avec cet article.

    En premier lieu il y a les Vorthos qui à mon avis sont les plus apte à se retrouver dans cet article, on entend là les joueurs qui ont d'abord et qui sont toujours attiré par magic à cause de son aspect d'univers et d'histoire qu'ils aiment vivre et partager.

    En second lieu les Timmy/Tammy sont là pour le plaisir de l'expérience de jeu, ils peuvent tout aussi bien aimer se représenter être un puissant sorcier en train de convoquer une entité de dimension mythologique eux aussi je pense sont les plus aptes à être  convaincu par ton article.

    Les trois autres un peu moins :

    Les spikes : sont attiré par le fait de "gagner" de se prouver quelques chose en jouant, ils voient à mon sens plus le jeu comme un ensemble de coup stratégique qu'il faut peaufiner ou comme un ensemble de règle "un système" qu'il faut comprendre pour le dominer. En ce sens ils sont souvent peu intéressé par le lore et par la symbolique du jeu en elle même ( et c'est fou le nombre de prop player qui se gourrent en parlant de cartes d'ailleurs haha ).

    Même constat pour les Johnny/Janny qui sont là pour exprimer leur créativité en recombinant l'ensemble des règles de magic pour créer des édifices d'inventivité, là encore l'aspect mythologique, historique ou fuite de la réalité ne leur importe pas ou peu ils voient plutôt le jeu tout comme les spikes commes un ensemble de règles avant d'y voir un univers.

    Les melvin eux sont attiré plus par le game design, la concordance entre les cartes et les règles une sorte d'équilibre entre ce que la carte semble dire et ce qu'elle fait.

    Evidemment toutes ces séparations sont à prendre avec des pincettes et chaque joueurs fait sans doute partie de plusieurs psychographies dans une plus ou moins grande mesure, mais pour moi ça explique raisonnablement pourquoi ton article risque de déplaire à une certaines parties des joueurs, parce que tous ne sont pas là pour apprécier cette expérience "historique" du jeu et sont univers, mais plutôt sont là pour apprécier un puzzle/ cassé tête qu'ils doivent comprendre et réaliser sans se soucier des aspects plus histoire du jeu.

    Bref tout ce que je dis est aussi une interprétation et j'ai sans doute tort sur plein de points mais je pensais que c'était important à souligner.

    Encore merci d'avoir pris le temps de partager ton étude avec nous.
  42. monotonom Samedi 24 Octobre 2015 à 15:21
    la principauté c est qu on se comprenne...
  43. chercheur Samedi 24 Octobre 2015 à 13:42
    Je reconnais aussi que je suis sorti tout récemment du monde universitaire et que je suis encore sans doute trop imprégné des codes et des exigences de ce monde. Il faut que je me réhabitue à rédiger différemment.
    Je n'envisage pas dans l'immédiat de réécrire ce travail - plein d'autres projets me prennent beaucoup de temps en ce moment - mais je n'exclus pas de le reprendre pour le rendre plus accessible et plus attractif.

    Merci pour ces précisions Leland_Palmer et pour ta vision encourageante !
     
  44. Leland_Palmer Samedi 24 Octobre 2015 à 13:27
    Je vous assure donc du plus grand sérieux de ce travail, qui a requis de nombreuses heures de rédaction sur plusieurs jours. Il s?agit au départ d?un article de type universitaire, qui a été relu par un comité de spécialistes et a été validé pour publication dans une revue spécialisée.


    Sur le sérieux et la qualité de ton travail c''est une évidence et le faire partager au plus grand nombre est une très bonne idée. Les éléments de contexte que tu évoques ici auraient pu être précisés en intro (ce qui nous ramène à la mise en forme de l'article que beaucoup évoquent ici) car cela auraient amha permis à ton travail d'être mieux compris.
    Et je reconnais avoir pris le risque de le proposer tel quel, dans une forme très peu attractive, mais en ayant estimé que cette communauté pourrait l?apprécier.


    Et c'est clairement tout à ton honneur. Tu évoques plusieurs fois la haute estime que tu portes aux lecteurs de ce site et c'est tant mieux. Sur ce point, je préfère me situer entre ton degré d'exigence  et l'avis de certains qui pensent qu'on ne peut voir magic autrement qu'en tant qu'activité ludique. Bref, je pense que la notion de partage à un public plus large doit quand même se traduire un peu par une forme d'adaptation au public en question. C'est l'éternel débat sur la vulgarisation des travaux scientifiques et universitaires mais je pense que sur un site comme MC il y a juste milieu où l'on peut se situer afin de permettre à des néophytes de s'intéresser à ton travail de qualité
    e défends encore avec un peu trop d'ardeur la précision du langage, qui permet de rester au plus juste avec les choses mais avant tout avec soi-même


    Voilà je pense que c'est ce passage qui résume le mieux ma position. Je suis à 100% d'accord avec toi sur le degré de précision de langage mais seulement à partir du moment où celui ci ne fait pas obstacle à la transmission de l'information.

    Sur ce l'essentiel de ce post c'est quand même de rappeler que je suis très content de voir de tels articles sur MC et j'espère que ce ne sera pas le dernier !
  45. chercheur Samedi 24 Octobre 2015 à 13:26
    Le 24/10/2015 à 13:05, Artar avait écrit ...
    Sinon, je trouve en effet qu'on est un peu dans l'exagération, c'est à dire qu'on pourrait trouver n'importe quoi de psychologique dans chaque acte de la vie réelle. A partir de là, tu peux sans aucun problème faire une étude sur League of Legends, je pense qu'il y aurait beaucoup à dire. Mais, et ça n'est qu'une opinion très personnelle, j'ai toujours trouvé ce type de travaux intéressant que pour celui qui l'écrit. Finalement, moi ça m'a fait sourire, un peu réfléchir, mais de là à trouver une aussi grande profondeur dans un jeu de cartes... Elle existe peut-être, mais le problème est là : est-ce que ça nous importe vraiment de savoir ça ?

    Il y a sans aucun doute une part d'exagération. Bien sûr que tout le monde n'investit pas ses gestes - ou ses paroles - avec la même conscience. On peut très bien se vivre de façon dissociée en faisant des actions de façon tout à fait mécaniques. Cela dit, Magic appartient au domaine du loisir et donc fait généralement partie de choix personnels (à l'inverse des actes pour lesquels une pression sociale est exercée - comme exercer une activité professionnelle). C'est ce qui rend cet objet intéressant à étudier.

    A la question de savoir si cela importe vraiment, la réponse est bien sûr d'ordre personnel. Pour ma part, ce travail m'apporte personnellement aussi parce que je le partage et qu'un lien possible - avec toi ou tout autre lecteur - est possible. Je crois également que plus les choses nous apparaissent avec profondeur, plus elles peuvent nous enrichir. Je prends délibérément le parti, personnel et subjectif, de qualifier des activités à l'encontre d'une désacralisation un peu générale (comme la poésie, un jeu de carte), parce que je trouve plus intéressant de voir comment des choses peuvent nous épanouir ou apporter plus de conscience que de maintenir un discours où les choses ne sont que ce qu'elles sont - un jeu rien qu'un jeu, une parole rien qu'une parole - qui a, selon moi, une contrepartie éthique. Pour moi, nulle indifférence n'est possible à l'égard de nos choix de valeur à l'égard de nos vies - mais c'est ce que je défends et c'est loin d'être une position fréquemment partagée.

    Merci pour ta lecture empathique ! Bien amicalement,
  46. Artar Samedi 24 Octobre 2015 à 13:05
    Article intéressant, même si il y a une phrase sur deux que je comprends pas précisément. Niveau difficulté de la lecture, j'ai pour l'instant lu deux "vrais" ouvrages de philosophie dans le cadre de mes études en prépa scientifique. Hume et Clausewitz. Je situerai ça, niveau difficulté à lire, entre les deux, principalement parce que le sujet est intéressant. Sinon, pour quelqu'un qui ne connaîtrait pas magic, c'est pire. C'est à dire quelque chose où il faut vraiment se concentrer pour y piger quelque chose, et à relire au moins trois fois pour ne plus être bloqué tout le temps. De plus, des fois, il y a vraiment des mots on se demande s'ils sont là juste pour nous paumer. J'en cite un : "saussurien". Et il y en a bien d'autres ! ^^

    Bon j'avoue que j'ai fait une lecture seulement, l'idée est originale, les correspondance se justifient bien (entre les dénominations de magic et le langage). Et bien sûr, il y a une part de vrai dans tout ça, mais qui doit être tellement ancré dans notre soi psychologique qu'on ne puisse pas bien s'en rendre compte. Après, faut comprendre que ça n'est pas destiné à un public comme nous au départ, et donc c'est logique que pour la plupart ça ressemble à un pavé pompeux imbuvable.

    Sinon, je trouve en effet qu'on est un peu dans l'exagération, c'est à dire qu'on pourrait trouver n'importe quoi de psychologique dans chaque acte de la vie réelle. A partir de là, tu peux sans aucun problème faire une étude sur League of Legends, je pense qu'il y aurait beaucoup à dire. Mais, et ça n'est qu'une opinion très personnelle, j'ai toujours trouvé ce type de travaux intéressant que pour celui qui l'écrit. Finalement, moi ça m'a fait sourire, un peu réfléchir, mais de là à trouver une aussi grande profondeur dans un jeu de cartes... Elle existe peut-être, mais le problème est là : est-ce que ça nous importe vraiment de savoir ça ?

    Enfin, c'est toujours intéressant de voir des trucs nouveaux sinon =) Merci pour ce partage !
  47. chercheur Samedi 24 Octobre 2015 à 11:37
    Le 23/10/2015 à 19:22, Anastaszor avait écrit ...
    D'autre part, toute magie n'est pas forcément l'expression d'une voix, mais plutôt l'expression d'une volonté, et magic ne fait pas exception (Force of will). Ainsi cette analyse basée sur l'imaginaire logocentrique, ainsi que sa tentative, à mon sens avortée, de placer des types de sorts dans des catégories syntaxiques, écartent une portion non significative de l'imaginaire véhiculé par le jeu en essayant de justifier une thèse aux pieds d'argile.
     

    Je reviens aussi sur ce passage. Je ne dis pas - et d'ailleurs ne pense pas - que toute magie est l'expression d'une voix. Pour autant, la formule que tu emploies "expression d'une volonté" va bien dans le sens du langage et de ma démonstration : toute expression est du langage. Par ailleurs, "Force of Will" est un énoncé, mais la carte sa forme d'énonciation : bien sûr que tous les titres de cartes ne renvoient pas au langage, mais au-delà de l'aspect thématique, je propose de considérer (dans une certaine limite bien sûr) que les cartes sont des représentations des fonctions formelles du langage. Le contenu n'invalide donc pas forcément l'analyse du contenant. Est-ce que cela te paraît plus clair ? Sinon, n'hésite pas à me contacter pour développer davantage cette question. 

    Bien amicalement,
  48. chercheur Samedi 24 Octobre 2015 à 11:27
    Le 24/10/2015 à 01:39, Leland_Palmer avait écrit ...
    Perso, je ne suis pas du tout de l'avis de Dante qui critique quelque chose qu'il n'a pas lu tout en lançant des généralités à deux sous. n peut avoir des articles qui demandent de réfléchir sur le net et oui, l'aspect roleplay de Magic est une notion à prendre en compte chez certains joueurs. Tu n'es juste pas à Vorthos ^^

    Sur la forme, je rejoins Brume car c'est un peu édifiant. La mise en page est inexistante et le langage tellement obscur que je me suis demandé à un moment s'il s'agissait d'une blague. Hélas c'est pire que ça car l'auteur, qui a pourtant fournit une effort remarquable, s'engage dans des tournures de phrases tellement alambiquées qu'on se demande s'il tient vraiment à faire partager ses idées à un public néophyte mais potentiellement intéressé. Quelques exemples de structures à la limite du ridicule :

    "L?importance du cadre diégétique se trouve renforcée par l?identification de chaque partie à la constitution d?un « chronotope »[1] identifiable au champ de bataille qu?analyse Bakhtine"

    "Dans cette perspective, la dimension combinatoire de Magic invite à repérer un isomorphisme avec la structure du langage verbal tel que la conçoit la linguistique structurale et générative."

    "De façon comparable au « Mot d?Esprit » qu?analyse Freud, les transgressions ludiques dans Magic permettent « à l?énergie pulsionnelle de s?écouler en bernant la censure par la libération de l?énergie liée à l?inhibition, au refoulement et au contre-investissement, créant ainsi une ?épargne? libidinale »"




    L'idée ce n'est pas de dire qu'il faut se mettre au niveau -10 de la langue français mais bon sang 99,9% des lecteurs ne comprennent probablement rien à ce genre de tournure à défaut d'être ton directeur de thèse en socio. Perso, je peux aussi faire une démonstration de la novlangue des urbanistes en parlant de ravnica mais j'ai quand même un minimum d'égard pour les gens qui me lisent et je fais un effort pour m'adapter...


    Je me sens touché à un endroit sensible chez moi et vais tout de même y répondre. Je ne partage bien évidemment pas ce point de vue, même si je comprends tout à fait le sens de cette critique. Bien sûr, je n'aime pas la langue de bois (et du coup, ça devient une réponse paradoxale), mais je défends encore avec un peu trop d'ardeur la précision du langage, qui permet de rester au plus juste avec les choses mais avant tout avec soi-même. Évidemment, la difficulté est de savoir où placer le curseur de cette sensibilité, et j'entends que nous ne le plaçons pas tout à fait au même endroit.

    Du coup, en fait, c'est ma façon aussi de respecter les personnes avec un travail de la langue aussi précis que possible. Cela demande beaucoup plus d'engagement personnel et c'est une façon de ne pas être indifférent à la façon dont cela peut être reçu. Bon, tout dépend de l'image du lecteur que l'on se fait et je reconnais avoir en tête en écrivant un lecteur particulièrement exigeant. J'espère que ma démarche te paraît plus claire, à défaut de te convaincre.

    Bien à toi,
  49. chercheur Samedi 24 Octobre 2015 à 11:16
    Bonjour,
     
    Je n?aime pas trop alimenter les débats, surtout avec la distance qu?implique des commentaires publiques, mais je me permets de contextualiser ce travail. C?est pour une part le fruit d?années de recherche en phénoménologie sur une approche personnelle reposant sur les concepts de vulnérabilité, d?adhésion à la vie et de performativité. Je vous assure donc du plus grand sérieux de ce travail, qui a requis de nombreuses heures de rédaction sur plusieurs jours. Il s?agit au départ d?un article de type universitaire, qui a été relu par un comité de spécialistes et a été validé pour publication dans une revue spécialisée.
    J?aurais  de fait très bien pu en rester là. J?ai toutefois préféré le diffuser à une plus grande communauté que celle de spécialistes universitaires qui se désintéressent de ce jeu, et je tiens à nouveau à témoigner ma reconnaissance pour les modérateurs qui ont accepté de diffuser ce travail ici. Et je reconnais avoir pris le risque de le proposer tel quel, dans une forme très peu attractive, mais en ayant estimé que cette communauté pourrait l?apprécier.
     
    En ce qui concerne le contenu, je reconnais qu'il s'agit d?une interprétation et comme toute interprétation, elle fait droit à une subjectivité qui prend le risque de s'avancer publiquement. Je ne prétends aucunement détenir in fine toutes les clefs de ce jeu, et il y a forcément des endroits faibles et critiquables. Tout l?intérêt de ce travail est là : susciter réflexion et il me paraît normal qu?elle puisse générer des partis pris contradictoires et des avis opposés. Je pense de toute façon qu?il est impossible de poser une affirmation qui n?appelle pas, à un endroit ou à un autre, une nuance ou une restriction. A cet égard, cela m?intéresse de lire tous les développements qui ont pour but d?affiner mes propos et de le rendre plus pertinent ; je serai heureux de pouvoir aussi de cette façon, en cas d'articles ultérieurs, rendre plus fins ma vision des choses.
     
    En contrepartie, faire droit à la subjectivité signifie aussi que cette lecture repose sur une sensibilité. Or, il n?y a pas d?échelle de la sensibilité. Il est tout à fait possible que certaines perspectives ne s?appliquent à tout le monde et ne résonnent pas avec l?expérience de chacun ; cela ne signifie pas pour autant qu?elles ne sont pas pertinentes. Je me permets d?avancer, à la suite de nombreuses confrontations avec des spécialistes en phénoménologie, en psychologie et en anthropologie, que les principes que je développe échappe généralement à la conscience de la majorité des personnes ? mais cela ne signifie pas pour autant qu?ils ne sont pas présents, à des niveaux plus ou moins conscientisés ou dissimulés. La validation par des pairs de mes théories en phénoménologie littéraire constitue un gage sérieux à cet égard.
     
    Dans cet esprit, et pour défendre mon point de vue de littéraire, toutes les années que j?ai passées à travers mes études et mes recherches ont eu pour but d?affiner une sensibilité personnelle au plus haut degré. Le point de départ qui sous-tend ce travail et toutes mes démarches est que rien n?est insignifiant. C?est pourquoi je considère une différence radicale entre la belote et Magic pour les raisons que j?ai développées ; le choix de ce jeu est indissociable des conclusions que je formule.
     
    Pour finir, je tiens à remercier toutes les personnes qui m?ont lu avec sérieux ? cela me fait le plus grand plaisir, même si vous ne partagez pas mes points de vue ? ainsi que toutes celles qui le liront ce travail avec tout autant de sérieux.

    En vous priant de bien vouloir m?excuser pour l?aspect rébarbatif du texte,  bien amicalement à tous.
     
  50. wolfwitcher Samedi 24 Octobre 2015 à 09:47
    Y'a une différence entre utiliser des mots compliqué et utiliser un jargon incompréhensible que les séries sf n'oseraient pas utilisé La j'en ai marre d'avoir l'impression d'être coupable de ne pas comprendre, d'être en dessous parce que je suis "grand public" ça en devient péjoratif et ça ça me plait pas du tout 
  51. brutal2luks Samedi 24 Octobre 2015 à 09:25
    Too long ; didn't read.

    Nan, sans dec', il faudrait voir à faire un petit effort de mise en page / d'illustration / de faire respirer le texte, parce que là c'est juste une vraie prise de tête pour te lire... Et si on joue à Magic, c'est pour se vider la tête, pas se la prendre avec un jargon sociologique qui n'est définit nulle part.
  52. Amigaway Samedi 24 Octobre 2015 à 03:14
    Bonsoir,
    Après avoir lu les premières réactions à cet article je me fends d'un commentaire, n'étant pas du tout d'accord avec les précédents. 

    Le principal bémol de l'article est de ne pas s'adapter à un public non spécialiste. Personnellement je ne vois pas du tout ce que sont les travaux de Raphaël Gély sur la performativité du langage; j'ai lancé un google pour voir ce que tu entendais par "saussurien"). Pour les spécialistes du sujet, c'est sans doute une évidence, mais ici tu peux aussi bien tomber sur un spécialiste de la question que sur un ado de 16 ans que tu vas assommer et écoeurer alors que ton propos est intéressant. Une petite adaptation grand public - peut être en précisant d'une phrase ou deux la pensée de certains auteurs - ne dénaturerait sans doute pas ton travail et te permettrait de gagner les faveurs du public. 

    Néanmoins, les commentaires que j'ai pu lire sont soit passé à côté de problématique telle que je l'ai comprise. Pour moi elle pourrait être simplifiée ainsi :
    I) Magic est un jeu dont la particularité est de proposer des cartes avec lesquelles on peut jouer mais son intérêt ne s'arrête pas là. Par le biais des illustrations et du texte (à la fois texte d'ambiance, nom de la carte, type de carte) la carte raconte une histoire.
    L'intérêt est donc de voir que le jeu dresse une fresque complexe au travers de ces cartes, une particularité qui permettrait d'expliquer en partie son succès, alors que les jeux où le joueur est amené à raconter lui-même son histoire connaissent un essor récent.
    --> L'intérêt de ton étude c'est d'analyser cet univers littéraire nouveau (au même titre que l'est l'univers littéraire vidéoludique par exemple).
    II) Les images de Magic racontent donc une histoire. En revenant sur le principe du jeu en lui même (deux démiurges s'affrontent à coup d'armées et de sortilèges) tu montres comment chaque partie de Magic peut être reliée à une construction linguistique. Je trouve la démonstration relativement convaincante : la "bibliothèque", dont on tire aléatoirement les tomes quand on joue renvoie bien à l'idée d'une construction langagière. Et plus encore, l'idée des limites de cette construction, fondée sur les limites des cartes présentes dans le deck, me semble pertinente.  De cette partie il se détache deux notions clefs
    * On peut faire l'analogie entre les cartes magic et plusieurs éléments linguistiques (les terrains sont des verbes, les artefacts et enchantements non créatures des adverbes - non indispensables au déroulement d'une partie mais modifiant profondément le sens de la phrase et donc du jeu- et les enchantements de créature sont des adjectifs qui qualifient une créature de manière positive ou négative). 
    --> Je tiens à ce propos à signaler qu'il ne s'agit que d'une analogie, l'auteur le précise lui-même, et qu'on pourra toujours trouver des exceptions. Je trouve dommage que le premier commentaire sur cet article critique précisément ce point alors que l'auteur lui-même a pris soin d'en pointer les lacunes. On peut certainement opposer à son analyse le fait que c'est la volonté, et non la parole, qui prévaut dans Magic, mais cette position n'est pas forcément plus défendable à mon sens. La notion de tour renvoie également à l'idée d'un échange, les interruptions/éphémères renvoyant également d'avantage à cette idée.  
    * Chaque partie de Magic correspond à une construction différente, en théorie quasi unique, riche, et c'est ce qui fait la force du jeu. En effet, chaque partie fait appel à une bibliothèque dont les sorts sortent aléatoirement. C'est certes pas inventer l'eau chaude de dire que l'une des grandes qualités de Magic c'est la diversité de ses cartes et de son bestiaire mais l'assimilation à une forme de langage particulière est, elle, très intéressante. 
    III) La dernière partie est, pour moi, plus nébuleuse puisqu'elle se rattache, de ce que j'en ai compris, aux idées de plusieurs "grands auteurs" dans le but de replacer ton sujet dans un cadre plus global ? De ce que je comprends : 
    - Magic est également un jeu compétitif, où la recherche du deck idéal (donc de la construction syntaxique idéale) fait l'objet de débats parfois enflammés entre les joueurs.
    - Or, en te basant sur une autorité de ton champs de recherche (le fameux Gély que je ne connais pas du tout) tu expliques que les individus s'interrogent de moins en moins sur l'importance langagière (c'est comme ça que je comprend la notion d'épreuve de leurs actes et de leurs paroles). 
    - Pour conserver le désir de vivre, il ne suffit pas de d'eau et de pain, mais aussi de satisfaire d'autres besoins (besoins culturels par exemple). 
    - De fait, chaque geste accompli, chaque parti pris est un geste dans le sens de conserver ce désir de vivre. Magic correspondrait donc, ici à un "refuge" puisqu'il amène l'individu à agir, un imaginaire dans lequel il est possible de vivre.
    --> Cette capacité de transgression des règles, induites par de nombreuses cartes de Magic, et ce vécu au sein de l'imaginaire d'une partie serait ainsi bénéfique pour l'individu.

    En conclusion, et de par ta démonstration présentant trois notions distinctes, tu conclus que Magic devrait être considéré comme une oeuvre "ludique", en ce qu'elle est à la fois digne de reconnaissance et ne rentrant pas purement dans une case littéraire ou plastique. En gros tu milites pour la reconnaissance du jeu.


    Je ne pense ni que l'article proposé ne comporte que du réchauffé (oui il rappel les bases de Magic et le fait qu'on incarne une sorte de démiurge... mais l'article n'a clairement pas été écrit pour des joueurs réguliers, plutôt pour un monde universitaire qui comprendra ses références philosophiques et sociologiques et qui n'aura jamais entendu parlé de Magic). Je ne pense pas non plus qu'il soit totalement à côté de la plaque : non je ne pense pas, quand je mijote un deck combo, à l'histoire magnifique que ça va donner sur mon champs de bataille et à l'importance de ne pas oublier d'y mettre des adverbes... mais en revanche c'est vrai que le champs de bataille et ses créatures peuvent être présentées sous la forme d'une histoire et que l'analogie se tient. 

    Je trouve dommage qu'une analyse si réfléchie et plutôt intelligente se voit dénigrée simplement parce que le texte est ardu ou parce qu'on en extrapole un élément pour dire que tout le reste est mauvais ou ne tient pas la route. C'est certainement différent d'un article sur les règles du jeu, mais ça n'en est pas moins intéressant. Le fait de pouvoir avoir de telles réflexions sur un jeu de cartes, c'est aussi ça, pour moi, Magic. 
  53. wolfwitcher Samedi 24 Octobre 2015 à 02:38
    L'aspect roleplay est comme tu le dis présent uniquement chez certain joueur
    mais en regardant des gp/pro tour on comprend vite qu'on s'en bats allègrement les couilles du roleplay
    les seuls fois ou on utilise l'aspect roleplay personnellement, c'est pour rire entre ami ou dans des ambiances fnm très détendues 
    apres Dante a lu l'l'article et la seule chose que l'on comprend dans cette article est ffausse 
    je pense simplement que l'auteur a pris un bon rail de coke devant son Pc et a pondu ça, car même en prenant soin de réfléchir, y'a des choses fausses, comme la partie sur les différents types de cartes par exemple, savoir que mon adversaire joue une citadelle de sombracier ou joue une plaine ça n'îfluence nullement mon "décor" puisque de base personnellement je ne joue pas a Magic pour m'immerger pleinement dans un univers fantastique 
  54. Leland_Palmer Samedi 24 Octobre 2015 à 02:02
    Surtout, je veux éviter les facilités du type "oui c'est de la branlette intellectuel" ou "c'est vraiment un travail de chercheur / thésard / sociologue / universitaire / sciences molles", bref toutes les bêtises et généralités que l'on peut lire chez certains.

    Ce genre d'article est utile mais celui ci frise la caricature... c'est dommage au regard du travail fourni et de la pertinence de la démarche.
  55. Leland_Palmer Samedi 24 Octobre 2015 à 01:39
    Perso, je ne suis pas du tout de l'avis de Dante qui critique quelque chose qu'il n'a pas lu tout en lançant des généralités à deux sous. n peut avoir des articles qui demandent de réfléchir sur le net et oui, l'aspect roleplay de Magic est une notion à prendre en compte chez certains joueurs. Tu n'es juste pas à Vorthos ^^

    Sur la forme, je rejoins Brume car c'est un peu édifiant. La mise en page est inexistante et le langage tellement obscur que je me suis demandé à un moment s'il s'agissait d'une blague. Hélas c'est pire que ça car l'auteur, qui a pourtant fournit une effort remarquable, s'engage dans des tournures de phrases tellement alambiquées qu'on se demande s'il tient vraiment à faire partager ses idées à un public néophyte mais potentiellement intéressé. Quelques exemples de structures à la limite du ridicule :

    "L?importance du cadre diégétique se trouve renforcée par l?identification de chaque partie à la constitution d?un « chronotope »[1] identifiable au champ de bataille qu?analyse Bakhtine"

    "Dans cette perspective, la dimension combinatoire de Magic invite à repérer un isomorphisme avec la structure du langage verbal tel que la conçoit la linguistique structurale et générative."

    "De façon comparable au « Mot d?Esprit » qu?analyse Freud, les transgressions ludiques dans Magic permettent « à l?énergie pulsionnelle de s?écouler en bernant la censure par la libération de l?énergie liée à l?inhibition, au refoulement et au contre-investissement, créant ainsi une ?épargne? libidinale »"




    L'idée ce n'est pas de dire qu'il faut se mettre au niveau -10 de la langue français mais bon sang 99,9% des lecteurs ne comprennent probablement rien à ce genre de tournure à défaut d'être ton directeur de thèse en socio. Perso, je peux aussi faire une démonstration de la novlangue des urbanistes en parlant de ravnica mais j'ai quand même un minimum d'égard pour les gens qui me lisent et je fais un effort pour m'adapter...
  56. wolfwitcher Samedi 24 Octobre 2015 à 01:17
    Le 24/10/2015 à 00:26, Dante_rqm avait écrit ...
    *Le wild chercheur appears
    *chercheur summon "MEGAPAVEYKISERARI1"
    *it's very efficient
    *User lose fun

    Sincèrement, j'ai vu le pavé, j'ai même pas compris le titre ni où ça voulais en venir, mais je suis persuadé que ce genre de truc n'a rien à faire en article internet, quelque soit le site qui l'héberge (je parle de la forme) et si je me fis au commentaire de Wolf, c'est en plus complètement à côté de la plaque : rapprocher Magic du jeu de rôle en imaginant que le joueur "Incarne" quoi que ce soit, c'est du pur fantasme. Un joueur de magic n'a pas grand chose de différent avec un joueur d?échec. Je doute qu'on compare un joueur d?échec à un Roi ou un demi dieu et je ne sais quelle niaiserie. Magic, c'est juste un jeu de carte hein ... Analyse donc la belotte pour voir ...

    Je suis tellement d'accord que ça en devient bizarre aha 
    Je pense que la situation dans laquelle se placent un joueur de Magic et un joueur d'échec sont très identique 
    Mais la difference et le lien du joueur avec le jeu. Je suis plus content d'influencer un bord dans une optique de jeu a. Magic que de déplacer des pions sur un jeux d'échec par exemple, car les actions n'ont contrairement aux échecs  pas qu'une dimension au tour par tour mais dans un énorme ensemble, et c'est ça qui crée cette affection.
  57. Dante_rqm Samedi 24 Octobre 2015 à 00:26
    *Le wild chercheur appears
    *chercheur summon "MEGAPAVEYKISERARI1"
    *it's very efficient
    *User lose fun

    Sincèrement, j'ai vu le pavé, j'ai même pas compris le titre ni où ça voulais en venir, mais je suis persuadé que ce genre de truc n'a rien à faire en article internet, quelque soit le site qui l'héberge (je parle de la forme) et si je me fis au commentaire de Wolf, c'est en plus complètement à côté de la plaque : rapprocher Magic du jeu de rôle en imaginant que le joueur "Incarne" quoi que ce soit, c'est du pur fantasme. Un joueur de magic n'a pas grand chose de différent avec un joueur d?échec. Je doute qu'on compare un joueur d?échec à un Roi ou un demi dieu et je ne sais quelle niaiserie. Magic, c'est juste un jeu de carte hein ... Analyse donc la belotte pour voir ...
  58. wolfwitcher Vendredi 23 Octobre 2015 à 23:33
    J'ai lu un peu, et je dois dire que c'est vraiment tiré par les cheveux et exagéré 
    ce n'est pas du tout représentatif de la réalité 
    j'ai l'impression que tu invente des choses / ressentis etc...
    c'est un jeu de carte, faut pas penser a tout et n'importe quoi 
  59. wolfwitcher Vendredi 23 Octobre 2015 à 23:30
    Faut fumer un stick avant de lire ça pour et comprendre ?

    sinon je suis totalement pas d'accord avec le fait d'incarner un personnage tout puissant.
    quand je joue a Magic je n'incarne personne , je ne prend aucun rôle.
    c'est juste une succession de calculs d'après mon avis, d'en l'unique but d'avoir plaisir à réfléchir et l'envie de gagner juste le fait de gagner, voilà. Et c'est parce que c'est moi qui dicte comment je vais réfléchir et a quoi/sur quoi que ça en devient ludique. Ou certaines situations sont parfois très comiques .
    si on me pose un "puzzle" je serait beaucoup moins enthousiaste car ce n'est pas "moi-même" qui me suis foutu dans cette situation, et ce n'est pas ma partie donc j'ai pas d'intérêt à gagner, pas cette motivation 
    bref ce fameux sorcier tout pouvoir qu'on est sensé incarner, pour ma part c'est moi même je n'încarne rien 
    et je me sens très loin d'être tout puissant etc... Il n'y a que des contraintes qui se créent, et il faut les éviter pour réussir 
    je me sens donc plus fragile qu'autre chose.
  60. Brume-Ondeblois Vendredi 23 Octobre 2015 à 22:59
    Pour avoir juste lu l'intro le texte à l'air de devoir se réfléchir et de pouvoir en retrouver facilement les grandes lignes pour progresser dans sa compréhension.
    Or il échoue au principe le plus élémentaires des présentations d'articles, la fluidité et la lisibilité. Si tu pouvais juste prendre le temps de revoir ton article et de sauter des lignes, mieux marquer tes paragraphes, justifier ton texte il serait beaucoup plus lisible donc agréable pour la communauté.

    Sur ce je vais le lire quand même, mais mes yeux vont souffrir pour ne pas se perdre entre deux lignes.
  61. Anastaszor Vendredi 23 Octobre 2015 à 19:23
    une portion non négligeable*
  62. Anastaszor Vendredi 23 Octobre 2015 à 19:22
    Bon, en résumé pour les béotiens comme moi :

    "La correspondance entre les mécanismes de l'univers imaginaire véhiculé par le jeu aident le joueur à se représenter dans la peau d'un démiurge tout puissant. Cette puissance imaginaire, fantasmée, aide le joueur à vivre dans une réalité moderne où l'individualité est écrasée et où sa volonté propre n'a que peu de prise sur la vie."

    Cependant, je dois dire que tout joueur de magic qui joue depuis au moins 3 ans a bien dû se rendre compte de cette réalité, sans pour autant en appeler à une littérature conséquente voire inconnue.

    Il y a cependant méprise à mon sens sur l'importance donnée à la quête de la performativité : il me parait réducteur de voir en magic un jeu où l'on est un personnage dans un monde où "tout ce que je dis se réalise", plutot que de voir en magic un jeu où l'on est un personnage qui fait à peu près ce qu'il veut. D'autre part, toute magie n'est pas forcément l'expression d'une voix, mais plutôt l'expression d'une volonté, et magic ne fait pas exception (Force of will). Ainsi cette analyse basée sur l'imaginaire logocentrique, ainsi que sa tentative, à mon sens avortée, de placer des types de sorts dans des catégories syntaxiques, écartent une portion non significative de l'imaginaire véhiculé par le jeu en essayant de justifier une thèse aux pieds d'argile.