BenP Membre Actif
Hors Ligne Grade : [Modo Forum]   Inscrit le 11/02/2008 Dernière connexion : aujourd'hui, il y a 14h 3468 Messages/ 0 Contributions/ 56 Pts | Envoyé par BenP le Lundi 12 Avril 2010 à 12:30
Déclin : partie 8
Au bout d’un certain temps, Vadi quitta enfin la pièce, et retraversa en sens inverse la grande tente qui était restée vide. A l’extérieur, elle tomba sur les compagnons de Situs, qui avaient attendu ici depuis le début.
Ils se précipitèrent sur elle pour lui poser des questions, mais le regard froid et rougi par les larmes de la jeune guerrière les firent stopper net.
Elle les observa tous un par un, comme s’ils n’étaient que des bêtes sauvages ne méritant que le dédain.
Vadi savait qu’ils n’étaient pas entièrement responsables de la mort de Situs. Ils avaient même tout fait pour le sauver. Mais elle ne pouvait s’empêcher de penser que, s’ils n’avaient pas été là, le salaz serait encore en vie, à l’heure qu’il était.
Gruneh et ses hommes furent apparemment impressionnés du comportement de Vadi, qui les défiait intentionnellement du regard. C’était comme si elle voulait leur faire clairement comprendre qu’elle n’hésiterait pas à étrangler le premier qui oserait ouvrir la bouche en un tel moment.
Avec une nouvelle moue de dédain, elle les laissa ici sans plus leur accorder un regard. Ils pouvaient aller voir le corps de Situs ou non, cela la laissait totalement indifférente.
Elle quitta vivement le cercle de tentes pour aller s’isoler sur un banc en pierre qui avait été installé par les nains. Elle s’assit, posa ses coudes sur ses cuisses, et prit sa tête entre ses mains.
Elle recommença à pleurer. Elle venait de perdre un être qui lui avait été cher, même s’il lui avait fallu du temps pour le comprendre. Situs était violent et vulgaire, mais il avait du cœur, elle en était certaine. Pallayo avait eu raison de lui dire de ne pas le sous-estimer.
Vadi était sûre que Situs avait quitté le groupe de Gruneh parce qu’il s’était rendu compte qu’il valait mieux qu’eux. Bien sûr, il avait été heureux de les retrouver quelques années après. Mais Gruneh n’était pas fait du même bois que Situs, Vadi en était absolument convaincue.
Elle se remémora les moments qu’ils avaient passés ensemble : à chevaucher dans les plaines, lorsqu’ils s’étaient entraînés avant d’arriver à Ovellia, et aussi lorsqu’il leur avait à tous sauvé la vie, en comprenant que le vin offert par le roi avait été empoisonné…
Si Situs n’avait pas été là, Vadi ne serait sûrement plus de ce monde, elle aussi…
Le salaz avait apparemment eu une femme, et une enfant. Vadi avait clairement senti qu’il devait beaucoup les aimer, à sa manière d’en parler. Il les avait perdues bien trop tôt… Mais qu’il soit par la suite devenu grincheux et solitaire, ses dernières pensées avaient tout de même été pour elles… Oui, ce gros balourd vulgaire de Situs avait un cœur…
La mort s’abattait autour de Vadi comme les murs d’une prison dont il était impossible de trouver une issue. La mort, c’était une chose certaine. C’était un événement dont personne ne pouvait réchapper… Pas même un homme fort tel que lui…
La jeune fille se mit à penser à Maximilian. Il s’était sacrifié pour elle, pour lui permettre de fuir. Il avait tenu la promesse faite à son père jusqu’au bout, et sans faillir.
Maximilian valait pourtant bien mieux que Vadi. Qu’il ait accepté d’échanger sa vie contre la sienne, c’était un geste purement héroïque, mais aussi un pur gâchis de talent et de valeur. Et tout cela avait été de sa faute ! Si elle n’avait pas essayé de fuir, peut-être que tout ceci ne serait pas arrivé. Maximilian et Pallayo seraient restés près d’elle, à la surveiller. Elle n’aurait pas eu à affronter par hasard ce monstrueux colosse qui avait bien failli la tuer, et Maximilian n’aurait pas eu à faire ce qu’il avait fait…
Vadi n’avait pas encore reçu de nouvelles de Pallayo. Elle espérait qu’il s’en était mieux tiré que ses compatriotes. A présent, il ne restait plus que lui, et Vadi espérait de tout son cœur qu’aucun malheur ne lui était arrivé. Ce jeune noble, même s’il était un peu étrange, était néanmoins très sympathique, et très complice avec Vadi.
Il semblait comprendre sa naïveté, sans jamais chercher à s’en moquer. Au contraire : il prenait même le temps de lui expliquer les choses les plus simples, avec une patience infinie. Et il parlait si bien, avec une voix tellement rassurante…
- « Vadi ? C’est toi, Vadi ? », fit quelqu’un derrière elle.
La jeune fille se retourna brusquement, et vit le prince Raymis, accompagné d’Alfuur, se rapprocher d’elle. Si le jeune homme semblait complètement frais et dispos, son garde personnel s’était visiblement battu contre une multitude d’ennemis : du sang séché était encore collé sur ses jambes et ses bras, ce qui lui donnait une affreuse apparence.
Vadi ne put s’empêcher de juger mentalement le prince, qui n’avait pas l’air d’être très actif durant les combats. S’il l’avait impressionnée lorsqu’elle avait compris qu’il participerait à l’assaut, toute son admiration était tombée, à présent.
- « Oh, Dieu soit loué, tu es… », déclara Raymis dans un soupir de soulagement, avant de stopper net sa phrase.
- « Mais, mais, tu es blessée, Vadi ! »
Raymis avait eu l’air franchement rassuré de retrouver la jeune fille, mais il s’était mis à regarder son visage blessé avec inquiétude.
Alfuur, quant à lui, se dressait sans paraître penser à rien. Il regardait la jeune salaz sans la moindre émotion.
- « Ce n’est rien, prince Raymis… », rassura la jeune fille. « C’est une vilaine blessure, mais elle ne me fait pas tant souffrir que cela. J’ai déjà rencontré votre médecin Lo… Laemon, et il a discuté avec moi sans rien mentionner à ce sujet. S’il n’en n’a pas parlé, c’est qu’elle ne doit pas être si grave que cela…
- J’insiste tout de même pour qu’il t’ausculte. Je ne veux pas que tu restes toi aussi mutilée parce que je t’ai entraînée dans…
- Moi aussi ? », interrompit Vadi. « De qui parlez-vous d’autre ? De vos soldats ? Ou de… Pallayo ? », ajouta-t-elle avec une pointe d’angoisse dans la voix.
Raymis se tut et baissa la tête. Vadi se leva et se rapprocha du prince. Celui-ci lui donna une explication :
- « Je ne sais pas où est ton ami Pallayo… mais nous avons retrouvé Maximilian dans un piteux état… », avoua-t-il.
Vadi poussa une exclamation de surprise. « Au moins, il est vivant ! », pensa-t-elle. Raymis crut apparemment comprendre que cette nouvelle avait affecté négativement Vadi et continua d’une voix légèrement honteuse :
- « Nous l’avons retrouvé gravement blessé et l’avons aidé à revenir au camp. Mon médecin est en train de l’examiner en ce moment même. Je lui ai dit de tout faire pour le sauver. Son épaule était profondément atteinte et il ne pouvait plus bouger son bras droit. Il a perdu beaucoup de sang, mais Laemon a dit qu’il devrait pouvoir le sauver… Je lui fais confiance, mais je ne veux pas crier victoire trop tôt… »
En d’autres circonstances, Vadi aurait sauté au cou du prince ! Elle se sentait tellement heureuse d’apprendre que Maximilian était vivant et en sécurité au campement.
- « Où est-il ? », demanda-t-elle.
- « Sous cette tente, là-bas », répondit Raymis en pointant une petite habitation du doigt. « Mais tu devrais attendre encore un peu. Laemon ne doit pas être dérangé… »
Cela ne posait absolument aucun problème pour Vadi. Elle était prête à attendre le temps qu’il faudrait.
Elle remarqua Ribald, en train de discuter avec l’un de ses hommes, debout près de la tente où se trouvait Maximilian. Ils s’éloignèrent ensuite tous les deux précipitamment. Cela fit du bien à Vadi, elle eut l’impression que tout était enfin fini, et que tout le monde, ou presque, avait survécu.
Sa joie temporairement retrouvée, elle en profita pour demander :
- « Et la bataille, comment s’est-elle passée ?
- Le plus dur est derrière nous, à présent », fit Raymis en regardant le ciel, l’air pensif. « Nous avons repris le contrôle de la ville, et les nains sont déjà en train d’inspecter les rues pour vérifier qu’il ne reste aucun draavo dans la cité. Il n’y a eu que peu de fuyards… Je ne pense pas qu’ils s’attendaient à ce que l’on riposte aussi rapidement et avec de telles forces… »
C’était vraiment une bonne nouvelle d’obtenir cette confirmation. Au moins, leurs voyages, leurs risques, et leurs sacrifices n’auraient pas été totalement vains.
Un peu rassérénée, Vadi lui posa la question qui lui brûlait les lèvres :
- « A-t-on retrouvé un… homme… d’une taille gigantesque, sans armure, et qui se battait avec deux énormes haches en même temps ? »
A cette question, Alfuur sembla s’agiter légèrement. Il semblait vraiment surpris que Vadi puisse évoquer ce sujet, et regardait la jeune fille avec une attention redoublée.
Raymis vit le changement opéré chez son garde du corps, et parut lui-même étonné de la question de Vadi. Il répondit :
- « Tu veux sûrement parler du champion draavo, qui a causé beaucoup de dommages dans nos rangs, aussi bien dans le passé qu’aujourd’hui… Nous le connaissons fort bien, car il se bat avec le grand Ktaa depuis très longtemps déjà, et il est réputé pour être une véritable machine à tuer… C’est toujours une terreur pour les habitants des plaines blanches de savoir que ce guerrier se trouve dans le camp adverse…»
Le visage de Vadi était devenu très grave. Elle écoutait attentivement le prince :
- « Il s’appelle Cromoxgur, et il s’est toujours battu pour les habitants des montagnes rouges occidentales, bien que je ne sois pas certain qu’il soit draavo lui-même… », continuait Raymis. « Et je vois que tu l’as aperçu durant le combat… Il est vrai qu’il est impossible de le rater : il se trouve toujours en plein cœur de la bataille, fauchant des vies à une vitesse ahurissante. Et je ne suis pas étonné que le grand Ktaa ait décidé de laisser son meilleur champion ici, à surveiller la capitale, même avec une armée réduite… Mais le fait est que nous sommes parvenus à éliminer tous les draavos… En revanche, Cromoxgur a réussi à fuir, lorsqu’il s’est rendu compte qu’il était presque seul et que la bataille était définitivement perdue pour eux. Sem Lorshul et quelques-uns de ses hommes sont partis à sa poursuite, mais je doute qu’ils parviennent à le rattraper…
- Mais comment a-t-il fait ? », ne put s’empêcher de demander Vadi. « Comment a-t-il pu franchir nos lignes, traverser toute la cité remplie de nos soldats, et s’enfuir à travers une plaine où rien ne peut le cacher ? Il ne peut pas être si fort que cela, quand même ! », s’exclama-t-elle, en se gardant bien de préciser qu’elle l’avait affronté elle aussi dans un lamentable échec.
Raymis, une fois de plus, eut l’air légèrement honteux. Mais il s’efforça de donner des explications sur ce dont il avait été témoin :
- « Il ne restait plus beaucoup de draavos en vie, dans la cité. Et nous nous sommes tous retrouvés petit à petit concentrés sur les dernières poches de résistance. Bien entendu, Cromoxgur en faisait partie. Lorsque je suis arrivé avec Alfuur, ce monstre se frayait un chemin pour aller affronter Sem Lorshul, qui visiblement n’attendait que cela lui aussi… C’était bien l’un des seuls à être de taille à l’affronter… Sem Lorshul a insisté pour que personne ne vienne les déranger durant leur duel. Cela ne m’étonne d’ailleurs pas. Tuer Cromoxgur à lui seul serait un véritable exploit, même pour un guerrier aussi réputé que lui… Et ils ont donc commencé à se battre…
- … et ? », fit Vadi, en déglutissant, voyant que Raymis s’était interrompu.
Le prince regardait Alfuur. Celui-ci restait totalement impassible. Raymis, pourtant, semblait gêné de parler devant lui…
- « Ils se sont donc battus pendant une minute ou deux… Je n’ai pas vraiment suivi ce qui s’est passé, parce que nous faisions en sorte de nous rapprocher d’eux le plus possible, à travers la foule de nos hommes qui restaient là à les observer. Mais ils semblaient de force équivalente, et Sem Lorshul avait apparemment des chances de victoire… Mais… nous avons commis une grave erreur… »
Vadi s’attendait au pire.
- « J’ai ordonné à Alfuur d’attaquer Cromoxgur aux cotés de Sem Lorshul. A eux deux contre lui, je suis certain qu’il n’aurait eu absolument aucune chance… Je trouvais stupide que l’on joue à un tel jeu alors que c’était l’occasion rêvée d’éliminer l’un des pires dangers de toutes les montagnes rouges ! Alfuur est donc intervenu et a attaqué immédiatement Cromoxgur… Celui-ci est parvenu à parer les attaques et à repousser ses deux adversaires en même temps. Sem Lorshul avait véritablement l’air enragé, et il a commencé à insulter mon garde du corps… J’allais intervenir pour calmer les esprits, mais Cromoxgur a profité de cette diversion pour s’enfuir… Il a lancé l’une de ses haches en direction de Sem Lorshul, qu’il a réussi à parer de justesse avec son marteau, Dieu soit loué ! Mais Cromoxgur a ensuite forcé le cercle de nains aussi aisément que s’il s’agissait de vulgaires brins d’herbes… Il a massacré ceux qui le ralentissaient à coups de hache et de poings, et il est parti en courant à travers les rues de Salaz… Sem Lorshul est parti à sa poursuite, non sans nous avoir lourdement injuriés au passage… Mais vu à quelle vitesse courait Cromoxgur, j’ai bien peur que nous ne le revoyions pas de sitôt… Et qu’il va se précipiter d’alerter le grand Ktaa au sujet de la bataille d’aujourd’hui… »
La jeune fille prit une mine désespérée. Le monstre qui l’avait défigurée et agressé Maximilian s’en était sorti trop facilement, par simple mésentente entre assaillants. Si elle se retint de dire quoi que ce soit au prince, elle n’en pensait pas moins.
Raymis, comme pour s’excuser, ajouta :
- « J’ai bien sûr pris une mauvaise décision… mais dans le feu de l’action, c’était celle qui m’avait paru la meilleure… Sem Lorshul pouvait peut-être tuer Cromoxgur, mais c’était loin d’être certain. Et il me paraissait bien moins risqué de faire intervenir Alfuur aussi, pour éliminer ce terrible adversaire. Je voulais mettre toutes les chances de notre coté. Et si Sem Lorshul n’était pas aussi têtu à vouloir combattre seul pour la gloire, peut-être que Cromoxgur serait mort à l’heure qu’il est… C’est à se demander qui est celui qui paye les soldats… »
Vadi était fatiguée de ces explications, et surtout déçue. Elle n’avait jamais entendu parler de ce colosse champion, auparavant. Mais elle ne risquerait pas d’oublier ce qui s’était passé aujourd’hui…
- « Et Sem Lorshul est toujours à sa poursuite ? », demanda-t-elle ensuite.
- « Il n’est toujours pas rentré… Mais le connaissant, il va probablement remuer tout le pays pour… »
Soudain, Vadi entendit un grand hurlement provenant de la tente dans laquelle était censé se trouver Maximilian.
Elle se précipita vers l’entrée et entendit d’autres gémissements, qui provenaient sans aucun doute de Maximilian.
Une main se posa fermement sur l’épaule de Vadi, l’empêchant d’entrer. C’était Alfuur, qui la fit reculer sèchement.
La jeune fille se tourna une nouvelle fois vers la tente. Ce qu’elle entendait n’était pas des cris de douleurs, mais plutôt des lamentations… Elle entendait parler à l’intérieur, sans parvenir à discerner quoi que ce soit de précis.
Au bout d’un moment, les bruits se turent. La tente redevint complètement silencieuse, et cela fit angoisser Vadi. Elle ne savait que penser. Que se passait-il à l’intérieur ?
Quelques interminables minutes plus tard, la toile qui servait de porte se souleva, et ce que vit Vadi fit glacer tout son sang dans ses veines…
Maximilian se tenait debout, devant la tente, le visage très pâle.
Il était bel et bien vivant, mais son bras droit avait été entièrement tranché au niveau de l’épaule, lui donnant une apparence d’une asymétrie horrible…
Il prononça lentement et tristement des paroles que Vadi n’oublierait jamais de toute sa vie :
- « … Je ne me battrai… plus jamais… »
Alors que tous restaient silencieux, Laemon apparut derrière l’ancien lieutenant salaz :
- « Je suis vraiment désolé… J’ai fait ce que j’ai pu, mais je ne pouvais pas sauver son bras. Les os avaient été complètement tranchés et seul un tendon tenait encore… »
Le médecin regarda Maximilian pendant une seconde avant d’ajouter :
- « Il est encore un peu sous l’effet des drogues que je lui ai administrées pour réduire la douleur. Il a besoin de repos à présent… Je ne peux rien faire de plus pour lui, malheureusement… Je dois maintenant m’occuper des autres blessés, avec votre permission… »
Raymis fit un léger signe de tête pour acquiescer, tout en gardant les yeux rivés sur le guerrier salaz. Il semblait lui-même très affecté par tout ce qu’il venait de voir.
Vadi était au comble de l’horreur… Ainsi, c’était cela, la guerre… Personne ne pouvait s’en sortir indemne. On mourait, ou l’on en revenait marqué à vie, que ce soit physiquement ou psychologiquement…
Maximilian était un soldat qui s’était battu toute sa vie. S’il ne connaissait que la guerre, il n’en n’était pas pour autant mauvais. Très doué à l’épée, se battre était pour lui devenu une seconde nature, un besoin, presque au même titre que boire ou manger.
Et il était désormais infirme…
Vadi ne put s’empêcher de se jeter contre lui, en pleurant comme une enfant :
- « Maximilian, Maximilian, je suis vraiment désolée… C’est ma faute, c’est entièrement ma faute, ce qui t’est arrivé… J’avais peur d’aller me battre, et j’ai fui lâchement lorsque nous sommes entrés dans la capitale… Après, je me suis perdue, et je suis tombée sur le monstre duquel tu m’as sauvée ensuite… au prix de ton bras… J’aurais du rester avec toi… Je le sais… Si tu savais comme je regrette… »
Maximilian regardait la jeune fille qui s’était réfugiée contre sa poitrine. Il posa sa main valide sur sa tête, et lui caressa la joue :
- « N’en parlons plus », dit-il d’une voix faible. « Ce qui est fait est fait, et rien ne peut changer le passé. Je ne t’en veux pas… L’essentiel est que je sois toujours en vie… », conclut-il avec un accent de pure sincérité.
Raymis et Alfuur étaient là, à contempler la scène. Maximilian se tourna vers eux :
- « Prince Raymis, je pense que nous avions fait tout ce que nous pouvions ici. Je ne peux plus manier mon épée, et Vadi n’aurait jamais du être mêlée à tout cela… J’espère que vous accepterez ma décision de rentrer chez moi, accompagné de ma compatriote… »
Le prince, encore sous le choc, hocha de la tête d’un signe évident. Alfuur sembla approuver lui aussi.
- « Je souhaite de tout cœur que mon pays soit libéré, et que nous chassions ces envahisseurs de nos belles plaines blanches. Je vous fais à présent confiance pour mener cette quête à bien. J’espère aussi, prince Raymis, que vous trouverez votre bonheur auprès de votre princesse des montagnes rouges… », conclut le salaz en guise d’encouragements.
Maximilian prit Vadi avec lui, et l’emmena un peu plus loin, laissant les ovellians devant la tente.
Lorsqu’ils furent seuls, il lui murmura :
- « Ne pleure plus, Vadi. Ce qui est arrivé est entièrement de ma faute. C’est moi qui suis venu au village pour t’emmener avec nous. Je voulais te protéger, mais je t’ai entraînée dans des aventures bien plus dangereuses que je ne l’aurais cru. Tu aurais du avoir le choix, et je suis sincèrement désolé de ne pas te l’avoir laissé. Nous allons rentrer chez nous, maintenant…
- Oh, Maximilian, comme tu es bon… », pleurnicha la jeune fille.
Le guerrier mutilé prit une mine sombre :
- « Pallayo ne s’en n’est pas sorti. », dit-il lentement d’une voix grave et en baissant la tête. « Et le médecin m’a expliqué pour Situs… Nous rentrerons donc tous les deux ensemble. Nous reviendrons au village, et nous laisserons cette guerre se dérouler sans nous… Nous ne pourrons rien y changer, de toutes façons…»
Vadi fut terriblement triste d’apprendre la mort de Pallayo. Elle avait espéré que ce jeune soldat débrouillard avait trouvé le moyen de s’en tirer. Mais la mort l’avait fauché, lui aussi.
Vadi aurait tellement voulu le revoir une dernière fois…
Des quatre compagnons salaz partis à l’aventure, Vadi et Maximilian, qui avait perdu son bras, étaient donc les seuls survivants…
- « Nous allons partir tout de suite, Vadi. Prenons deux chevaux avec quelques vivres, et quittons les lieux immédiatement. Pense à boire un peu d’eau : tu dois mourir de soif, à présent. Nous nous reposerons plus tard, je me sens bien pour l’instant. Il ne sert à rien d’attendre le retour des nains. Cette guerre ne nous concerne plus, et je veux que nous nous en éloignions le plus vite possible… Pense tout de même à prendre deux épées. Nous ne pouvons nous permettre de voyager désarmés en étant à la merci du moindre petit brigand… »
Vadi s’exécuta avec d’autant plus de hâte qu’elle était pressée de fuir cet endroit auréolé de mort.
Ils ne prirent pas la peine de prolonger les adieux avec le prince Raymis et son frère Ribald. Ils avaient déjà achevé leur quête en les alertant du danger qui rôdait sur Salaz. Désormais, ils ne pouvaient rien faire de plus. Si les deux ovellians voulaient continuer la guerre, pour repousser les draavos ou pour aller enlever une princesse, c’était leur choix, et ni Maximilian ni Vadi ne pouvaient y influer en quoi que ce soit.
Juchés sur leurs chevaux, les deux salaz quittèrent la capitale sans un regard en arrière…
Vadi et Maximilian étaient loin de se douter que la guerre allait très vite les rattraper…
FIN DU PROLOGUE DES CHRONIQUES DE DALER
A VENIR - CHAPITRE 1 : Guerres
[ Dernière modification par BenP le 20 avr 2010 à 09h49 ]
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